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24 mars 2014

Benchmarking Working Europe 2014 : l'Europe a besoin d'un changement de cap radical

Benchmarking Working Europe 2014

Près de cinq années de stratégie "Europe2020" consacrées à des politiques d'austérité et de dérégulation ont débouché sur un échec. La croissance reste fragile, le chômage a déferlé pour atteindre des sommets record, la pauvreté a atteint des niveaux inacceptables, l'inégalité a augmenté, les droits sociaux sont ébranlés et l'UE a abandonné son rôle de chef de file mondial dans la transition vers une économie à faible production de carbone.

Ce constat est tiré des conclusions du Benchmarking Working Europe 2014, publié le 24 mars par la Confédération européenne des syndicats (CES) et l'Institut syndical européen (ETUI). Cet état des lieux annuel livre un diagnostic des politiques de gestion de la crise européenne menées ces cinq dernières années et pose la question suivante : "l'Europe est-elle à mi-chemin d'une décennie perdue?"

Voici quelques-unes des principales conclusions du rapport :

Les politiques de dévaluation intérieure n'ont pas atteint les résultats escomptés. Alors qu'elles ont échoué à rétablir une croissance tirée par les exportations, ces politiques ont contribué à un effondrement de la demande intérieure. Elles ont exacerbé la crise et ont prolongé la récession. Une vision étriquée de la compétitivité basée sur l'abaissement des salaires a eu pour effet de sous-estimer l'importance de l'investissement, de l'innovation et de la modernisation (chapitre 1).

• La crise a durement affecté le marché du travail, avec un chômage qui a touché 10 millions de personnes supplémentaires (pour atteindre 26,1 millions en 2013) et un taux d'emploi qui est tombé à 68 %, alors qu'un des objectifs de la stratégie Europe 2020 était 75 % pour la tranche d'âge 20-64. Il y a également eu un transfert d'emplois à plein temps vers des emplois à mi-temps (chapitre 2).

• Contrairement à l'objectif d'"Europe 2020" de sortir 20 millions de personnes de la pauvreté, le nombre de personnes risquant de tomber dans la pauvreté a augmenté de 13 millions au cours des cinq ans derniers. En outre, le phénomène des travailleurs pauvres s'est étendu (chapitre 3).

Des réformes visant à déréguler le droit du travail ont été menées dans la plupart des États membres et des pays renfloués. Un nombre croissant d'organisations internationales et européennes de défense de droits humains et sociaux, comme l'OIT et la Cour européenne des droits de l'homme, aussi bien que les cours constitutionnelles nationales, ont condamné certaines des mesures d'austérité comme étant contraires aux droits fondamentaux internationaux, européens et nationaux. Dans plusieurs pays, les syndicats ont entamé des actions en justice contre cette dérégulation du droit du travail (chapitre 4).

La négociation collective nationale a été marquée par une intervention politique de plus en plus appuyée qui a exercé une pression à la baisse sur les salaires et une décentralisation de la négociation collective. La suppression de la demande intérieure a encouragé les tendances déflationnistes, renforçant la stagnation économique en Europe (chapitre 5).

• Alors que la santé et la sécurité sur les lieux de travail sont mises sous pression par l'insécurité de travail croissante et l'augmentation des risques psychosociaux, la détermination de l'UE à mener des politiques fortes dans ce domaine a diminué (chapitre 6).

• Les changements liés à la crise en matière de droit du travail et de systèmes de négociation collective ont affaibli la représentation des travailleurs et les programmes "Fitness Check" et "REFIT" menacent les droits des travailleurs à l'information et à la consultation (chapitre 7).

• La crise économique et financière a fait dérailler la stratégie de transition "bas carbone" de l'UE. Bien que l'Europe soit sur la bonne voie pour atteindre son objectif de réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre, elle le doit principalement aux effets de la récession sur la production. Il y a eu un effondrement des investissements européen dans les énergies renouvelables et l'Europe est sérieusement en retard par rapport à ses propres objectifs en matière d'efficacité énergétique (chapitre 8).

Benchmarking Working Europe 2014 souligne l'échec des politiques menées et le besoin de définir des alternatives afin de remettre l'Europe sur le chemin de la croissance durable.

Comme le soulignent Bernadette Segol, la secrétaire générale de la CES, et les directeurs de l'ETUI Maria Jepsen et Philippe Pochet dans la préface du rapport : "la tendance actuelle vers une divergence économique et sociale toujours plus importante à travers l'Union européenne ne peut constituer une base viable pour l'avenir de l'intégration européenne. Les conclusions de l'état des lieux à mi-parcours [de la stratégie Europe 2020] devraient alerter sur les conséquences très alarmantes des tendances mentionnées plus haut et réorienter les politiques européennes afin qu'elles intègrent une stratégie d'investissement à part entière pour le futur, un arrêt du processus de dérégulation, une consolidation de la protection sociale et un engagement pour une Europe caractérisée par des normes sociales élevées, notamment dans le domaine de la santé et de la sécurité."

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Press launch Benchmarking Working Europe 2014
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