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6 octobre 2017

Conférence de l’ETUI sur la formation syndicale : à l’aube d’un nouveau cycle pour une Europe plus sociale ?

Du 4 au 6 octobre, l’ETUI a rassemblé quelque 100 leaders syndicaux, pédagogues, chercheurs et formateurs pour débattre de l’importance de la formation pour le mouvement syndical lors de l’édition 2017 de sa conférence annuelle EduDays. L’évènement, qui cette année avait pour slogan « Former ensemble = former mieux », s’est déroulé dans le centre de formation de la confédération syndicale française CGT, situé au sud-ouest de Paris.

Dans son discours d’ouverture, Philippe Pochet a anticipé qu’un « moment historique » allait s’ouvrir pour le mouvement syndical européen. Le directeur général de l’ETUI a observé que depuis la signature du traité de Rome en mars 1957, acte de naissance du projet européen, le débat sur la dimension sociale de l’Union européenne resurgissait tous les 15 ans. Le projet avorté de Constitution européenne, qui devait marquer les véritables grands débuts de l'Europe sociale, remonte à 2004.

Treize ans plus tard, le débat autour du Socle européen des droits sociaux tend en effet à confirmer l’ouverture d’un nouveau cycle propice à des avancées sur le terrain social. Pour y parvenir, les organisations syndicales doivent saisir cette opportunité de mieux faire entendre la voix des travailleurs dans les cénacles européens. « Si on ne saisit pas cette opportunité, nous risquons d’à nouveau perdre une bataille », avertit Philippe Pochet.

La bataille pour une Europe plus sociale devrait en effet se mener directement dans l’arène politique européenne, car du côté de la négociation collective, il ne faut pas s’attendre à des avancées significatives.  « Nous sommes confrontés à un refus des employeurs » (« We face unwilligness of the employers »), a déclaré Peter Scherrer, le secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES) au sujet de plusieurs dossiers à l’agenda du dialogue social européen. Et d’évoquer l’impasse dans laquelle se trouvent pour l’instant les négociations sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, sur les congés de paternité et de maternité, « tous ces sujets de préoccupations si importants aux yeux des travailleurs ».

Abordant ensuite plus spécifiquement le thème de la conférence, Mr Scherrer a rappelé que la formation constituait « un des piliers de la CES ».

Un message qui réjouira Ulisses Garrido, le directeur du département Formation, qui a présenté quelques-unes des réalisations de son équipe de formateurs au cours des sept années qu’il a passées à la tête de ce département. Il a insisté sur les initiatives prises pour adapter les pratiques pédagogiques aux transformations technologiques en cours. Vera dos Santos Costa, qui reprendra le flambeau à partir du 1er novembre, entend bien poursuivre le travail entamé par son prédécesseur afin de relever les défis posés par la « révolution numérique » sur le terrain de la formation syndicale.

La première journée de conférence a permis de mettre à l’honneur plusieurs formateurs d’organisations syndicales membres de la CES. Un certificat attestant de la réussite d’un cycle de formation, élaboré en partenariat l’université Lille dans le but de développer leurs compétences pédagogiques, leur a été remis par une représentante de cette université.

L’accès à la formation suscite un grand intérêt parmi les salariés, comme le confirme les résultats de l’enquête « Parlons Travail », menée par la CFDT auprès de quelque 200.000 salariés français fin 2016. « On avait la volonté de refaire du travail un enjeu central. Ce ne sont pas les mauvaises conditions de travail des uns qui feront l’emploi des autres », a déclaré Hervé Garnier, secrétaire national de la CFDT, en charge de la santé et des conditions de travail.

L’enquête de la CFDT montre qu’une très large majorité de Français sont « fiers de leur travail ». Cependant, plus d’un tiers d’entre eux (35%) estiment que leur travail nuit à leur santé. « Ces résultats montrent que c’est toujours le travail qui nous donne notre place dans la société. La reconnaissance que nous procure ou pas notre travail détermine fortement la manière dont nous évaluons notre état de santé.  Quand on ne se sent pas valorisé dans son travail, on a le sentiment réel d’être en moins bonne santé », a commenté Mr Garnier.

Le sociologue du travail Mario Correia a ensuite présenté les principaux enseignements qu’il tire de ses travaux sur l’engagement syndical. Le directeur de l'Institut Régional du Travail d’Aix-en-Provence a tenu à démonter certains clichés sur les jeunes générations. « Les jeunes ne sont pas individualistes, ils sont individualisés », a-t-il déclaré. Les attentes des jeunes d’aujourd’hui vis-à-vis du monde syndical ne sont toutefois plus les mêmes que celles des générations antérieures. « Ils refusent toute forme d’embrigadement et ne sont plus du tout prêts à faire aveuglément confiance à l’organisation syndicale », a-t-il résumé. Conclusion : les syndicats doivent intégrer dans leur stratégie de recrutement ce renouvellement des aspirations de la jeunesse actuelle.

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