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3 mars 2017

Nouvelles pistes pour passer du paradigme de la croissance à celui du bien-être

Le sacro-saint Produit intérieur brut (PIB) reste, en Europe comme ailleurs dans le monde, le principal étalon de mesure de la performance économique. Et pourtant, le concept de "bien-être des peuples" figure bel et bien dans le traité européen, et cela depuis la fondation même de la Communauté économique européenne. Comment substituer le paradigme du bien-être à celui de la croissance ? L'économiste autrichien Georg Feigl a présenté le 23 février, lors d'un forum mensuel de l'ETUI, un outil susceptible de réorienter les politiques économiques menées aux niveaux européen et national.

Georg Feigl, économiste à la Chambre du Travail de Vienne, a rappelé que le paradigme du bien-être est loin d'être un concept récent. Il distingue deux moments historiques qui l'ont vu émerger : l'Europe des années 1970, avec la remise en cause du modèle productiviste par les mouvements populaires, et, à un niveau bien plus institutionnel, les initiatives prises à la suite de la conférence "Au-delà du PIB" ("Beyond GDP"), organisée par le Parlement européen en 2007.

Cette dernière initiative allait déboucher sur la création de la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social ("Commission on the Measurement of Economic Performance and Social Progress"), soutenue par le président français de l'époque, Nicolas Sarkozy.  Le but de cette commission, présidée par le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz, était d'élaborer de nouveaux indicateurs du progrès social censés représenter une alternative au seul PIB.

Georg Feigl estime que la conjonction de deux éléments est nécessaire pour renverser le paradigme de la croissance : d'une part, un soutien politique fourni par ceux qu'il appelle les "entrepreneurs politiques" ("Policy entrepreneurs") et, d'autre part, l'ouverture de "fenêtres d'opportunité" ("windows of opportunity") par une période de crise (économique, sociale, écologique).

Alors que ces deux éléments étaient réunis à la charnière des années 2007-2008, force est de constater que le renversement de paradigme espéré n'a pas eu lieu. Le discours politique a continué à être très largement dominé par la rhétorique néolibérale classique. L'économiste autrichien pense que la pression inquiétante exercée par les succès rencontrés par les partis populistes pourrait ouvrir une nouvelle "fenêtre d'opportunité" favorable à un changement de paradigme.

Pour appuyer cette transition, et convaincre les responsables publics de mettre à jour leur logiciel, il est nécessaire de développer de nouveaux outils pour réorienter les politiques économiques mises en place et en mesurer la performance sociale. Georg Feigl a développé le concept de "polygone magique", ainsi baptisé en référence au "carré magique", une théorie économique ayant connu une influence importante dans l'Allemagne des années 1960-1970. Le "carré magique" reposait sur quatre grands objectifs de politique économique : croissance économique stable ("steady economic growth"), plein emploi ("high employment"), stabilité des prix ("price stability") et équilibre extérieur de la balance commerciale ("balanced external economic relations").

A la place d'un carré, Feigl propose donc un polygone comptant huit côtés qui correspondent à des objectifs de politique économique orientés vers le bien-être : plein emploi et emplois décents ("full employment and decent jos), durabilité écologique ("ecological sustainability"), stabilité de l'activité dans le secteur public ("stable public sector activity"), équilibre extérieur de la balance commerciale ("balanced external economic relations"), stabilité des prix ("price stability"), stabilité financière ("financial stability"), qualité de vie ("quality of life") et bien-être matériel équitablement distribué ("fairly distributed material wellbeing").

Afin de mesurer l'efficience de sa "boussole économique", Feigl suggère d'utiliser des indicateurs existants (il évoque les 31 indicateurs développés par l'Office statistique autrichien) ou de renforcer les initiatives prises par Eurostat ("Quality of Life Indicators").

Invitée à commenter les propositions de l'économiste autrichien, Claire Dhéret (Centre d'études des politiques européennes) (European Policy Centre - EPC) a estimé qu'il était nécessaire de relever les limites  de certains indicateurs. Alors que Mr Feigl estime que le l'espace à privilégier pour initier ce renversement de paradigme est le Semestre européen, Mme Dhéret a épinglé "la perte de crédibilité du Semestre européen au niveau national". "Ne devrions-nous pas trouver une autre porte d'entrée?", a-t-elle suggéré.

Lors du débat avec l'audience, plusieurs intervenants ont souligné les difficultés de rendre ce type de travaux accessibles à la société civile et aux citoyens lambda. 

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