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27 septembre 2019

TEMOIGNAGE - Je m'appelle Joao et je suis un membre du personnel de cabine de Ryanair. Je suis également syndicaliste, et voici pourquoi :

"L'action transnationale est le seul moyen d'avoir un impact lorsque l'on traite avec une compagnie comme Ryanair. En outre, si vous êtes syndiqué, vous ne travaillerez jamais seul."

Après de longues et épuisantes négociations, notre syndicat (la Centrale nationale des employés de la Confédération des syndicats chrétiens, ACV-Puls/CSC-CNE) a récemment signé la toute première convention collective des travailleurs de Ryanair en Belgique, obligeant l'entreprise à respecter le droit du travail et la convention sectorielle pour le secteur de l'aviation. Cela signifie que nous sommes maintenant considérés comme des travailleurs belges, avec les mêmes droits que tout autre travailleur dans le pays. Auparavant, du moins aux yeux de Ryanair, nous étions considérés comme des travailleurs irlandais et donc soumis aux normes et réglementations irlandaises.

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Désormais, en Belgique, tout membre d'équipage a droit au salaire minimum sectoriel ; auparavant, les travailleurs gagnaient beaucoup moins que cela. Nous avons maintenant droit à des prestations de base prévues par le droit du travail belge, comme des chèques-repas, le remboursement des frais de transport et le fait de ne pas avoir à dire à notre employeur pourquoi nous sommes malades en cas d'absence de notre travail. Ce ne sont là que quelques exemples de la précarité qui caractérisait nos conditions de travail. Ce n'est pas encore l'idéal, mais au moins maintenant en Belgique, Ryanair respecte le strict minimum.

Le plus grand défi a été de négocier avec une entreprise qui a toujours adopté une position antisyndicale et qui a un personnel non syndiqué. Il est difficile de mobiliser le personnel de Ryanair pour diverses raisons. D'une part, l'entreprise continue de “recycler” constamment ses équipages. Si nous prenons Bruxelles, par exemple, il est probable qu'environ 50 % des membres d'équipage basés dans cette ville sont différents aujourd'hui de ce qu'ils étaient il y a un an. En plus de ce taux de roulement élevé, la grande majorité du personnel navigant n'est pas belge et beaucoup sont en attente d'un transfert. La plupart des membres d'équipage de cabine rejoignent Ryanair avec l'intention de partir le plus tôt possible, considérant cette expérience comme un tremplin dans le secteur de la navigation aérienne. Cela signifie qu'il n'y a pas d'engagement à long terme et, par conséquent, pas d'intérêt pour l'amélioration des conditions de travail.

Toutefois, depuis la fin de 2017, on observe un niveau de coopération entre les travailleurs jamais vu auparavant au sein de Ryanair. La grève que nous avons déclenchée l'an dernier était transnationale. C'est la seule façon d'avoir un impact lorsque l'on traite avec une entreprise comme celle-ci, qui est implantée dans plus de 80 pays européens. Des plateformes comme WhatsApp et Facebook nous ont aidés à communiquer et à mettre fin à la stratégie « diviser pour régner » de l'entreprise. Les travailleurs de Ryanair sont maintenant plus coopérants que jamais, parce qu’ils comprennent que c'est la seule façon de surmonter leur situation, qui est commune à toute l’Europe.

Aujourd'hui, on croit que tous les droits ont été acquis et qu'il n'y a plus rien à défendre. Cependant, les gouvernements et les entreprises prouvent chaque jour que c'est faux. Lorsque je travaillais aux Pays-Bas, par exemple, les membres d'équipage gagnaient moins de 1 000 euros par mois, ce qui, comme vous pouvez l'imaginer, n'est pas du tout un salaire minimum vital dans ce pays. Rappelons que Ryanair est le plus grand transporteur low-cost d'Europe, avec un bénéfice net de plus d'un milliard d'euros.

Ce n'est que par la solidarité et la mobilisation que les travailleurs peuvent améliorer leurs conditions de travail et avoir leur mot à dire sur leur présent et leur avenir. Si vous êtes syndiqué, vous ne travaillerez jamais seul.

 

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Pour en savoir plus sur le pouvoir de la négociation collective et la manière dont elle a été démantelée, consultez notre récente publication intitulée « Collective bargaining in Europe: towards an endgame ».

Pour en savoir plus sur les défis auxquels sont confrontés les syndicats en Europe, notre nouveau rapport « De sombres perspectives : l’évolution du taux de syndicalisation en Europe depuis 2000 » est à lire absolument.

Et si vous vous intéressez à la situation des travailleurs mobiles et « détachés », une nouvelle publication, Posting of workers before national courts, paraîtra en novembre 2019, à ne pas rater!

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