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24 février 2017

Belgique : les syndicats se distancient d’un rapport soulignant l’impact positif sur l’emploi des réformes gouvernementales

La Banque Nationale de Belgique (BNB) constate une importante croissance de l’emploi au cours de l’année 2016. Elle l’attribue aux mesures prises par le gouvernement de centre-droit. Une analyse que ne partagent pas les syndicats, dont les deux représentants au sein du conseil de régence de la BNB ont refusé de signer ce rapport, rendu public le 10 février dernier.

59.000 emplois (45.000 emplois de salariés et 14.000 d’indépendants)  ont été créés en Belgique au cours de l’année 2016, constate la BNB dans son rapport annuel. Cela représente 17.000 emplois crées en plus par rapport à 2015. La BNB attribue ces bons chiffres aux mesures adoptées par le gouvernement fédéral belge, qui est dirigé par le libéral francophone Charles Michel. « Au cours des dernières années, on a travaillé à des réformes du marché du travail, à la réduction des charges sur le travail, à l’amélioration de la compétitivité et à la maîtrise des dépenses publiques. Ces efforts commencent déjà à porter leurs fruits, en particulier en matière de création d’emplois », souligne le rapport.

Fin 2016, la Belgique comptait 553.000 demandeurs d’emploi et le taux de chômage y atteignait les 8 %. Il faut noter que d’importantes disparités existent entre les trois régions du pays : le taux de chômage en Flandre étant plus de deux fois inférieur à celui de la Wallonie et même plus de trois fois inférieur à celui de la Région de Bruxelles-Capitale.

La BNB constate que la résorption du chômage est « manifeste dans toutes les tranches d’âge ». Elle épingle plus particulièrement la réduction du chômage de longue durée, qu’elle attribue à la limitation dans le temps des allocations de chômage, une décision prise par le précédent gouvernement et mise en œuvre depuis le 1er janvier 2012. 

Malgré l’accélération des créations d’emplois, la progression du taux d’emploi reste modeste, tempère la BNB. Le taux d’emploi a augmenté de moins de 2 % (de 65,8 % en 2015 à 67,4 % en 2016), « en raison de l’augmentation concomitante de la population en âge de travailler ». La BNB constate par ailleurs que l’accès à un emploi reste problématique pour les populations issues de l’immigration extra-européenne. Leur taux d’emploi n’est que de 45 %. « En outre, l’insertion sur le marché du travail des immigrés de le deuxième génération ne tend pas à s’améliorer », regrette la BNB.

Alors que le premier ministre belge s’est réjoui du rapport de la BNB, y voyant un encouragement aux réformes entreprises par son gouvernement, les deux principales confédérations syndicales belges ont pris leurs distances par rapport aux conclusions de la BNB, une instance au sein de laquelle elles sont représentées. La confédération des syndicats chrétiens (CSC) et son alter ego socialiste (FGTB) ont refusé de signer le rapport annuel de la BNB. « Je ne peux pas approuver ce rapport de la BNB car il ne tient pas suffisamment compte des besoins de nos travailleurs et de notre économie », a déclaré Rudy De Leeuw, le président de la FGTB. Le rapport «affirme que les réformes commencent à porter leurs fruits, alors que l’évolution de l’emploi reste nettement inférieure à la moyenne de la zone euro », a pour sa part réagi Marc Leemans, le président de la CSC.

Les leaders syndicaux ne sont pas les seuls à contester l’équation établie par la BNB entre les mesures de l’exécutif belge et la croissance de l’emploi. « «Si l’économie belge se porte mieux aujourd’hui, cela n’a pas grand-chose à voir avec la politique gouvernementale et est en grande partie dû à une meilleure conjoncture économique dans la zone euro », a écrit l’économiste Paul De Grauwe (London School of Economics) dans un article publié dans le quotidien flamand De Morgen.

D’autres économistes questionnent également l’efficacité des mesures prises par le gouvernement en matière d’emploi. Un rapport conjoint de l’université de Gand et de l’Université catholique de Louvain, dont les principaux enseignements ont été dévoilés le 20 février par le journal Le Soir, juge que les mesures prises depuis dix ans pour augmenter le taux d’emploi des 55-64 ans ont eu peu d’impact. Par rapport à ses voisins, la Belgique présente un taux d’emploi des travailleurs âgés particulièrement bas. Il est de 48,9 % chez les hommes et de seulement 39,3 % chez les femmes.

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