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22 mars 2018

Benchmarking 2018 : les syndicats réclament des avancées sociales concrètes avant le prochain scrutin européen

À l’occasion de la sortie de l’édition 2018 de son rapport Benchmarking Europe, l’Institut syndical européen (ETUI) a organisé le 19 mars 2018 à Bruxelles, dans les locaux de la Représentation permanente de l’Autriche auprès de l’UE, un débat entre des représentants de l’ETUI, de la Confédération européenne de syndicats (CES), de la Commission et du Parlement européens. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’engranger avant les prochaines élections européennes des résultats en matière sociale.

Maria Jepsen, directrice du département Recherche de l’ETUI, a commencé par présenter les grandes tendances qui ressortent de cette nouvelle édition du Benchmarking, le rapport de l’ETUI qui chaque année, à la fin du premier trimestre, fait le point sur l'évolution économique et sociale de l'UE.

Si le rapport confirme les signes encourageants de sortie de crise déjà observés dans la précédente édition, force est de constater que la reprise économique ne profite pas à tous : la croissance est de retour mais elle n’est pas distribuée de manière équitable. Des augmentations du salaire minimum ont été obtenues au cours des derniers mois dans plusieurs pays européens, en particulier en Europe de l’Est, mais il reste encore dans de trop nombreux pays, y compris d’Europe occidentale, en dessous du seuil de pauvreté.

Le travail ne constitue donc plus automatiquement un bouclier contre la pauvreté. Il s’agit d’une évolution particulièrement inquiétante, relève le rapport, qui fait un lien avec la propagation du travail précaire et du phénomène des travailleurs pauvres partout en Europe. Les jeunes sont particulièrement touchés. Les réformes du marché du travail menées au cours des dix dernières années, à la suite de la crise financière, ont favorisé cette tendance. Pour Maria Jepsen, il est temps d’y mettre le holà : « le marché du travail a été assoupli à un degré qui devient malsain. »

Pour Patrick Develtere, conseiller principal en matière de politique sociale au Centre européen de stratégie politique (CESP), le groupe de réflexion interne de la Commission européenne, développements économique et social doivent aller de pair. Il reconnaît toutefois que les grandes déclarations de principe ne suffiront pas à réconcilier les citoyens avec le projet européen. Le Socle européen des droits sociaux ne doit pas rester confiné dans les cénacles bruxellois : «Nous devons nous rendre dans les pays et ouvrir un débat avec les partenaires sociaux, avec les citoyens, avec les médias. C'est ce que j'appelle la politisation du socle social. »

La députée européenne Gabriele Zimmer pense que les temps des discours est en effet révolu. « Les citoyens européens attendent des mesures concrètes », a déclaré la Présidente du Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique. « Nous avons besoin d'investissements publics dans les services sociaux, nous avons besoin d'initiatives législatives, nous avons besoin d'instruments, de financements et de nouvelles méthodes. Nous devons faire beaucoup pour renforcer le Socle social ", a-t-elle déclaré.  

Comme mesure concrète, l’eurodéputée a par exemple suggéré à la Commission de consacrer 5% des moyens prévus dans le « plan Juncker » (plan d’investissement pour l’Europe) à la lutte contre le chômage de longue durée. Elle souhaite également que soient enfin interdits partout en Europe les contrats « zéro heure », comme le réclame le Parlement européen

Luca Visentini, le secrétaire général de la CES, s’est également montré impatient par rapport aux retombées concrètes des engagements récents pris par la Commission dans le domaine social.

"Après une décennie d'austérité, le pilier social représente un grand pas dans la bonne direction, mais il doit apporter de réelles améliorations dans la vie quotidienne des citoyens de l'UE".

Le leader syndical européen a également fortement insisté sur la lutte contre le dumping social. Une des voies à privilégier pour remédier à cette mise en concurrence des travailleurs européens serait d’augmenter les salaires, en particulier dans les pays où ils sont les plus bas.

Il a notamment pris comme exemple les ouvriers des usines Volkswagen en Pologne dont les salaires sont nettement inférieurs à ceux de leurs collègues allemands, alors que l’écart entre les deux pays en termes de productivité s’est considérablement réduit. « Le même niveau de salaire pour le même niveau de productivité est nécessaire dans toute l'Europe», a-t-il déclaré.

Redoutant les résultats du prochain scrutin européen, en 2019, Luca Visentini appelle à faire pression sur la Commission et les États membres afin qu’ils réorientent leurs politiques dans une direction enfin favorable à la protection sociale des travailleurs.

"Il est temps de construire une grande alliance pour changer les règles. Il est nécessaire de rétablir un cadre législatif solide au niveau de l'UE et, au niveau national, des contre-réformes sont nécessaires pour restaurer la protection des travailleurs ", a-t-il conclu.

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