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23 mai 2017

Bilan de la « flexicurité » aux Pays-Bas : le système doit offrir plus de sécurité

Le gouvernement néerlandais mène depuis une dizaine d’années des politiques visant à rendre son marché du travail plus flexible. Près d’un tiers de la population active néerlandaise est désormais constituée de travailleurs flexibles (travailleurs temporaires ou indépendants). Un rapport récent dresse le bilan de cette « flexicurité » à la mode néerlandaise.

Intitulé Pour plus de sécurité. L'avenir des travailleurs flexibles et de l'organisation moderne du travail, le rapport a été réalisé par le Conseil scientifique néerlandais pour la politique gouvernementale (WRR). Pour Monique Kremer, un des auteurs du rapport, la flexibilisation a connu un essor important à la suite de la mondialisation, des développements technologiques et des aspirations de la population néerlandaise à plus d'autonomie et de liberté de choix, en particulier parmi les jeunes générations. 

« Les gens expriment un désir de plus en plus marqué de liberté et d’autonomie dans l’organisation de leur vie professionnelle. Ils veulent en garder le contrôle », a-t-elle déclaré le 17 mai, lors d’un forum mensuel de l’ETUI.  La hiérarchie, l’organisation pyramidale dans les entreprises, les horaires rigides sont massivement rejetés par les jeunes travailleurs. « ‘Je ne pourrais pas revenir en arrière’, répondent souvent les zzp’ers (indépendants sans personnel, ndlr), y compris ceux dont la sécurité économique n’est pas assurée », constate Mme Kremer, à la suite d’une série d’interviews de travailleurs flexibles.

La chercheuse concède cependant qu’un minimum de sécurité est indispensable et qu’il est nécessaire d’améliorer le système néerlandais de « flexicurité »en renforçant cette dimension.  « Un certain degré de sécurité est indispensable à la bonne santé de l’économie car des travailleurs en situation d’insécurité n’osent pas innover et ne prennent pas initiatives », estime-t-elle. Parmi les autres conséquences néfastes d’un marché du travail flexible, elle épingle la tendance des employeurs à négliger la formation de leurs salariés temporaires et le sentiment très répandu parmi ces derniers que leur travail n’est reconnu à sa juste valeur. Un marché du travail flexible mais n’offrant pas aux travailleurs de sécurité d’emploi a par ailleurs de lourdes conséquences sociétales : « les couples dont les deux partenaires ont un emploi flexible ont moins d’enfants », fait observer la sociologue.

Elle estime qu’il faut remodeler le système de sécurité sociale en tenant compte de l’évolution de moins en moins linéaire des carrières, ce qu’elle appelle le phénomène d’hybridation. Ce terme désigne le fait qu’un jeune travailleur peut être tenté en début de carrière par le statut d’indépendant, puis s’orienter vers un CDI par besoin de sécurité, pour en fin de carrière revenir à un statut plus flexible, ou encore combiner au même moment un travail salarié, à mi-temps par exemple, avec des prestations d’indépendant. L’essor de l’économie digitale, notamment par le biais des plateformes, facilite ce type d’aspiration dans le chef des travailleurs. Monique Kremer invite les partenaires sociaux à s’impliquer dans ce débat, ainsi qu’à réfléchir à la modernisation du système de négociation collective.

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