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28 septembre 2014

Conférence à la croisée des chemins: “La précarité n’est pas une vision pour l’avenir”

Ségol - Beyrer

Le dernier jour de la conférence de l'ETUI-CES sur «L'Europe à la croisée des chemins » s’est clôturé avec un débat animé par Jacki Davis, entre la Secrétaire générale de la CES, Bernadette Ségol, et le directeur général de BusinessEurope, Markus Beyrer.

«La précarité est-elle la seule et unique vision pour l'avenir?: telle était la question. Bernadette Ségol ne le pense pas. «Ce n'est une solution ni pour les travailleurs ni pour les entreprises, » et la Secrétaire générale de la CES n’est d’ailleurs pas convaincue qu’avoir n'importe quel travail soit mieux que n’avoir aucun travail du tout. Mais les politiques mises en place pour répondre à la crise ont échoué, et une voie alternative est nécessaire. «Nous avons besoin d'un grand programme d'investissement de l'UE. C'est la seule chose qui puisse favoriser la croissance et l'emploi ».

Markus Beyrer est d’un autre avis : pour lui, l'UE n’avait pas d'alternative aux politiques qu'elle a adoptées. L'Europe doit créer un environnement favorable à l'entreprise, et il espère que le plan que Jean-Claude Juncker préconise pour la prochaine Commission européenne sera un pas dans la bonne direction. Il admet que «la précarité n'est pas la seule voie » mais il veut que la compétitivité soit la grande priorité dans la recherche d'emplois de qualité. Il déplore «l'austérité de la technologie » des Européens, qui, selon lui, les rend réticents à prendre des risques pour innover. « Evaluons les risques et maîtrisons-les. Mais si nous essayons d'exclure tous les risques, c'est la fin du progrès technologique », a-t-il insisté.

Pour Bernadette Ségol, la lutte contre les inégalités croissantes est la priorité absolue: c’est non seulement une obligation morale mais aussi une obligation économique. Se faisant l’avocate du modèle social européen, elle a souligné que les pays nordiques combinent déjà un haut degré d’égalité et la réussite économique.

Un point sur lequel il y a accord entre les deux orateurs était l'importance du dialogue social pour décider de la meilleure voie à suivre tant pour les travailleurs que pour les entreprises.

Le chômage est-il inévitable? C'est la question qui s’est posée aux orateurs de la séance plénière qui s’était tenue précédemment sur ​​l'avenir des emplois. Mais il n'y a pas eu de consensus général sur la réponse à y apporter.

«Non» a affirmé Prakesh Loungani, du FMI. « Oui », a déclaré l'eurodéputée danoise de l’ALDE, Ulla Tørnæs. Jusqu'à un certain point, a conclu Andrew Watt, de l’Institut de politique macroéconomique IMK. Il est cependant généralement admis qu’un taux modeste (autour des 3%, selon Andrew Watt) de chômage «frictionnel » peut certes être accepté comme le prix de la liberté et de l'efficacité du marché du travail, mais que les taux de chômage élevé que nous connaissons actuellement portent préjudice à la société dans l'UE.

Pour Prakesh Loungani, le chômage relève d’un choix politique. Dans la crise récente, il a été associé à la baisse de la production, et il est devenu inévitable lorsque l'effondrement économique a commencé à s'accélérer. Néanmoins, certains pays ont adopté des politiques – comme le partage du travail en Allemagne - qui en ont réduit l'impact. De telles politiques auraient pu être appliquées ailleurs. La réponse maintenant devrait être «à deux volets» - du côté de l'offre et de la demande - plus un pacte social pour rétablir la confiance du public.

«Régler le problème du chômage est souvent une question de choix de politiques macroéconomiques judicieuses, » a-t-il expliqué. La reprise de la production est lente à venir parce que les gouvernements mettent en balance différents objectifs politiques - y compris la gestion de la dette - et ne sont par conséquent pas disposés à offrir un soutien par le biais des dépenses publiques.

Andrew Watt abonde dans ce sens : «C'est la politique macroéconomique, idiot! », a-t-il insisté, paraphrasant la célèbre citation de Bill Clinton. Il a souligné les fortes variations de taux de chômage en Europe, qui pourraient laisser entendre que certains pays ont «fait leurs devoirs» en apportant des réformes structurelles. Mais sont-elles la solution? Le nombre hallucinant de 3500 réformes du marché du travail ont été apportées dans les États membres de l'UE depuis 2000, tandis que le chômage y augmentait parallèlement. «Il n'y a pas de lien logique ici», a-t-il conclu. «L'approche structurelle a été privilégiée à tort en Europe. » La persistance d’un taux de chômage élevé n'est pas une fatalité, mais on ne peut s’y attaquer qu’en dissociant la politique macroéconomique de l'austérité.

Christine Erhel de l'Université Paris I et du CEE, a fait part de son inquiétude au sujet de la polarisation des salaires, soulignant que ce sont les travailleurs moins qualifiés qui ont le plus souffert du chômage. La réponse devrait être l'éducation et la formation, la recherche, l'innovation, ainsi que les salaires minima, afin de favoriser les emplois de qualité. «La croissance va réduire le chômage, mais les inégalités peuvent persister, en particulier pour les personnes peu qualifiées», a-t-elle averti.

Ulla Tørnæs voit une réponse dans le modèle danois de «flexicurité», qui combine un système de sécurité sociale englobant avec une plus grande flexibilité pour les entreprises dans le recrutement et le licenciement. «Le mot-clé du futur marché du travail est la flexibilité. »

Même si on a demandé au panel de se montrer positif, il n'y avait pas beaucoup d'optimisme dans les propos de Maria Helena André (ACTRAV) qui a indiqué que, globalement, 200 millions de personnes sont sans emploi, 40% d’entre elles sont des jeunes et un tiers des travailleurs dans le monde sont des travailleurs pauvres. Elle est d’avis que cette situation résulte de choix politiques et non pas d’options politiques. «Les syndicats doivent s'unir pour influencer les responsables politiques à aller dans la bonne direction», a-t-elle insisté.

L’eurodéputée néerlandaise du groupe S & D, Agnes Jongerius, a souligné que le travail en Europe, sous la pression de la mondialisation et des économies en développement, est sacrifié pour concurrencer d'autres pays. Elle a averti que la polarisation signifie aussi que des emplois de la classe moyenne sont en train de disparaître. «Il y a un lien entre une classe moyenne forte et la croissance », a-t-elle expliqué. «Les dirigeants européens doivent cesser de faire porter par les travailleurs la responsabilité des échecs de la politique. »

La conférence s’est clôturée au terme de trois jours ; il y a eu 16 panels, cinq sessions plénières et quelque 30 heures de discussions. Un rapport complet sera publié prochainement.

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