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2 mars 2018

Des syndicats forts sont le gage de la solidarité entre travailleurs

Les syndicats encouragent-ils la dualisation du marché du travail? Certaines voix leur reprochent en tout cas de négliger les travailleurs précaires, pour se focaliser sur la défense des seuls intérêts de leurs affiliés, majoritairement des travailleurs ayant de "bons jobs". Une étude menée par une équipe internationale de chercheurs en relations industrielles tord le cou à ces clichés. Le 14 février dernier, deux universitaires ont présenté les principaux résultats de ces recherches, lors d’un forum mensuel de l’ETUI.

Nathan Lillie, de l’université de Jyväskylä (Finlande), observe que la présence de syndicats puissants constitue au contraire un gage de solidarité entre travailleurs, en particulier quand elle se conjugue à des institutions solides dans le domaine de la négociation collective. Le professeur en politiques sociales et publiques a présenté deux infographies représentant les principaux déterminants d’un "cercle vicieux" du travail précaire, d’une part, et d’un "cercle vertueux" empêchant la précarité, d’autre part (voir présentation PowerPoint ci-dessous).

Les principaux déterminants du "cercle vertueux" sont, d’un côté, des syndicats dotés d’un "pouvoir institutionnel" et d’un "pouvoir d’association" élevés et, de l’autre côté, des employeurs qui exploitent peu les divisions au sein de leur personnel et usent peu de "stratégies de sortie" comme le recours à des travailleurs sous contrat atypique ou à des sous-traitants sans représentation syndicale.

Ces travaux sont détaillés dans Reconstructing Solidarity : Labour unions, Precarious Work, and the Politics of Institutional Change in Europe, un ouvrage paru le 18 janvier 2018 aux Presses universitaires d'Oxford.

Le livre présente desétudes de cas comparant les luttes syndicales dans les secteurs de l’administration locale, du commerce de détail, de la musique, de la métallurgie, de la chimie, de l’industrie de la viande et de la logistique dans 14 pays européens.

Valeria Pulignano, professeure en sociologie du travail et relations industrielles à l’université catholique de Leuven (KULeuven), a présenté certaines de ces études de cas. Elle a analysé la manière dont les organisations syndicales belges et allemandes des secteurs de la chimie et du métal ont été capables de préserver la solidarité entre différentes catégories de travailleurs au sein d’un même groupe industriel. La sociologue a observé que les syndicats belges ont mieux résisté aux pressions exercées par le patronat en exploitant le pouvoir institutionnel que leur confère le système belge de négociation collective.  Mme Pulignano estime que le système de co-détermination à l’allemande a moins bien fait barrage aux stratégies patronales de division des travailleurs.

La capacité des syndicats à construire et pérenniser la solidarité entre travailleurs est également tributaire d’éléments liés aux aspirations individuelles propres à certains groupes de travailleurs. Ainsi, Valérie Pulignano a épinglé l’existence d’une culture assez individualiste dans le secteur de l’industrie créative et de la musique.

Ben Egan, conseiller à la Confédération européenne des syndicats, qui était invité à commenter l’étude, a pointé la même caractéristique chez les jeunes travailleurs des plateformes numériques, dont beaucoup sont sensibles aux discours sur les supposés avantages de l’autoentrepreneuriat. Nathan Lillie dresse le même constat dans la partie de son étude consacrée aux travailleurs migrants d’origine albanaise en Italie : "Ils ont intériorisé dans une très large mesure le discours sur l'entrepreneuriat. C'est une source de fierté pour eux ."

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