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26 septembre 2014

L'Europe à la croisée des chemins: «La qualité d'aujourd'hui est la croissance de demain »

Des emplois de qualité et une société plus juste, plus équitable : tels étaient les thèmes récurrents de la deuxième journée de la conférence de l'ETUI-CES « l'Europe à la croisée des chemins ».

Lors d’une des sessions plénières parallèles de l'après-midi, les participants ont abordé la question centrale de savoir comment concilier emplois de qualité et compétitivité, ou en d’autres termes : est-ce que les deux s’excluent mutuellement ?

Les coûts salariaux sont souvent considérés comme un facteur déterminant, mais les données montrent qu’une faible rémunération ne stimule pas la compétitivité: d'autres facteurs priment. Stefan Collignon de l'Ecole d'études avancées Sant'Anna met en question des hypothèses sur la compétitivité des économies grecque et allemande. D’une part, bien que les salaires aient baissé en Grèce à la suite de la crise, la compétitivité ne s’est pas améliorée. D’autre part, l’Allemagne, où les coûts de la main-d'œuvre ont également baissé, a tout au plus réalisé une légère augmentation en termes de part de marché, ce qui en fait "une grande illusion".

L’eurodéputé Philippe Lamberts du groupe des Verts au Parlement a présenté pour sa part un guide du consommateur sur la compétitivité, mettant en balance valeurs et coûts, et qui comporte quatre éléments: la main-d'œuvre, l'énergie, les matières premières et les capitaux. L'UE a adopté une stratégie à court terme de réduction des coûts, d’énergie à bon marché et polluante et de réduction du coût de la main-d'œuvre, a-t-il déclaré, et pourtant le rendement du capital est demeuré inchangé. Il y a moyen de combiner emplois de qualité et compétitivité si l’on améliore l'efficacité énergétique et des ressources et si les bénéfices sont réinvestis.

Alfred Kleinknecht de la TU Delft a averti que même si l'Europe renouait avec la croissance, il se pourrait que ce soit une croissance sans emplois. Les réformes du marché du travail de type anglo-saxon qui ont induit une diminution des salaires plus bas et conduit à une flexibilisation du travail réduiraient la productivité et auraient un impact négatif sur l'innovation ainsi que sur les normes sociales, a-t-il souligné. L’alternative à laquelle l'Europe se trouve confrontée est la suivante : soit une économie de l'offre avec une diminution de la protection sociale et une augmentation des inégalités, soit un modèle social européen, avec des emplois de qualité, mais peut-être avec un temps de travail plus court afin d’en créer davantage.

Detlef Eckert, de la DG Emploi de la Commission européenne, a déclaré quant à lui qu'il ne devrait y avoir aucune concession mutuelle entre emplois de qualité et compétitivité, mais il faut que l'Europe attire les investisseurs. Certaines industries de haute technologie restent très compétitives, et les salaires ne sont pas en danger, mais dans le secteur des services, les entreprises font pression sur le personnel peu qualifié afin d'augmenter le rendement sur capital. «La concurrence sur les coûts n'est pas notre stratégie, c’est sur le terrain de la qualité que nous devons nous battre», a-t-il dit. «Nous devons investir davantage dans le capital humain. C'est essentiel pour l'avenir. »

Résumant le débat, Józef Niemiec, de la CES, a souligné que l'UE a choisi des politiques qui ont mené à un chômage élevé et à des emplois précaires. « Nous avons plaidé pendant de nombreuses années pour que l'Europe agisse différemment. Il n’y a aucun indice que les réformes structurelles génèrent des résultats positifs. » En revanche, la négociation collective et des salaires équitables peuvent aller de pair avec la compétitivité, comme c’est le cas dans les pays nordiques.

Tout au long de la journée, 12 ateliers différents ont abordé plusieurs aspects relatifs aux choix auxquels l'Europe est confrontée, allant de l’impact d'une population vieillissante et de la mobilité des travailleurs au sein de l'UE aux emplois verts, à la santé et la sécurité au travail et à la déréglementation.

Ils ont mis en évidence la nécessité d’investir dans la création d’emplois de qualité et de la prospérité. Sans investissements publics et privés, y compris l'accès au crédit pour les petites entreprises, l'Europe ne peut pas se développer. Les coûts liés au manque d’investissement en matière d’éducation, de formation et d'apprentissage tout au long de la vie seront encore plus élevés sur le long terme. Un exemple choquant est que les maladies professionnelles et les accidents du travail coûtent quelque 4% du PIB de l'UE.

Les inégalités constituent une menace majeure pour nos sociétés. Des salaires décents sont essentiels pour tous les travailleurs – et cela non seulement pour l'équité mais aussi pour stimuler la demande qui alimente la relance et génère davantage d'emplois de qualité. Cela signifie qu’il faut s'attaquer au problème du dumping salarial et instaurer un système européen de salaire minimum.

Le message véhiculé par les différents panels était que les syndicats doivent jouer un rôle clé dans la lutte pour une autre vision de la société, allant même jusqu'à devenir une «nouvelle force politique» défendant les intérêts de tous les groupes vulnérables de la société.

La journaliste Jacki Davis, qui était chargée de «tisser des liens » entre nombre de ces thèmes, a remis en question certaines idées reçues:

  • Que les emplois de mauvaise qualité sont un «tremplin» vers de meilleurs emplois;
  • Que les emplois sont un moyen de sortir de la pauvreté (pas nécessairement, compte tenu du pourcentage croissant de travailleurs pauvres);
  • Que les migrants se déplacent d'un pays européen à l'autre pour profiter de systèmes de protection sociale généreux.

Le dialogue social est essentiel pour répondre à ces questions, mais il est mis sous pression dans de nombreux pays. La crise a été utilisée comme prétexte pour s’en prendre à lui. L'Europe n’apparaît plus au reste du monde comme l’exemple à suivre, avec des conséquences potentiellement désastreuses non seulement au sein de l'UE mais aussi au-delà de ses frontières.

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