European Trade Union Institute, ETUI.

Accueil > Actualités > L'incertitude économique - et non la crise économique - à...

Actualités

16 janvier 2018

L'incertitude économique - et non la crise économique - à l'origine de la montée de l'extrême droite en Europe

Monthly forum 14122017

Le récent succès électoral des partis d'extrême droite qui ont adopté des programmes explicitement anti-européens a suscité un débat animé, tant au niveau national qu'au niveau de l'UE, sur ses causes et ses solutions potentielles. Le débat sur "L'avenir de l'Europe" lancé par la Commission européenne au printemps dernier a été en partie motivé par ce phénomène. L'ETUI a consacré son dernier Forum mensuel de 2017 à ce sujet, qui constitue également une évolution inquiétante pour les syndicats car de plus en plus de partis d'extrême droite prétendent défendre les droits des travailleurs.

Alexandre Afonso de l'Université de Leyde a présenté les résultats de sa récente recherche qui a porté sur la question du rapport entre l'extrême droite et la classe ouvrière. Il a montré qu'au Royaume-Uni comme en France, les partis d'extrême-droite sont plus forts dans les régions où il y a davantage d'ouvriers, qui ne représentent plus l’électorat de base des partis de gauche comme par le passé. Cela peut s'expliquer par le fait que les agendas politiques des partis d'extrême droite ont connu un virage à gauche avec un discours favorable au progrès social. Il a insisté sur le mot "discours" parce que, lorsque ces partis sont au pouvoir, ils font généralement l'objet d'un compromis avec, dans la plupart des cas, l'agenda libéral des partis avec lesquels ils doivent gouverner, et que les politiques qu'ils proposent ne sont pas axées sur le bien-être social. Cependant, ils jouent souvent un rôle de blocage lorsqu'il s'agit de prendre des mesures visant à faire reculer l'État providence.

Daphne Halikiopoulou et Tim Vlandas, tous deux de l'Université de Reading, ont insisté dans leur présentation conjointe sur le fait que, bien qu'il y ait eu un renforcement du soutien aux partis d'extrême droite en Europe, leurs résultats électoraux ont également été très variables. L'appui à ces partis dépend en fait beaucoup des politiques mises en place dans un pays donné. Un autre constat important de leurs recherches est que, contrairement à la croyance répandue selon laquelle la crise économique a provoqué une recrudescence du soutien à l'extrême droite, c'est plutôt l'insécurité culturelle liée à l'immigration qui explique son récent succès. "Les gens craignent que les immigrés n'érodent leur identité nationale", a déclaré Daphné Halikiopoulou. Toutefois, cela ne signifie pas que les éléments moteurs soient purement culturels. "L'insécurité économique est importante, mais elle est loin d’être évidente", a poursuivi Tim Vlandas. "L'insécurité économique n'est pas seulement une question de performance économique". De son point de vue, l'incertitude économique résultant d’institutions du marché du travail moins protectrices, comme des syndicats de plus en plus faibles, des allocations de chômage moins généreuses, etc. rend les gens plus enclins à voter pour des partis d'extrême droite.  Il a également ajouté que ceux qui ont des préoccupations économiques sont quantitativement plus importants pour le succès électoral de l'extrême droite que ceux qui ont des préoccupations culturelles.

Karl Pichelmann, de la Commission européenne, a partagé quelques réflexions sur les raisons pour lesquelles l'UE est une cible de choix pour ce discours d'extrême droite. Au-delà de la constante évidente que le débat politique de l'UE partage avec celui des États-Unis - blâmer tout ce qui va mal pour les élites de Bruxelles/Washington -, il existe deux autres facteurs communs. "L'UE est associée à des politiques de répartition qui sont potentiellement de mauvaises nouvelles pour les travailleurs, en particulier pour ceux des nouveaux États membres", a expliqué M. Pichelmann. Les politiques dans des domaines tels que le commerce et le marché unique font que l'UE est perçue comme un "acteur de la mondialisation, et non comme une réponse". L'UE est perçue comme aidant les "gagnants", notamment en ce qui concerne la ligne de démarcation entre zones urbaines et zones rurales.

Thiébaut Weber, secrétaire confédéral de la CES, a souligné le rôle important des syndicats dans la construction de la solidarité entre les travailleurs. Il a souligné que le racisme et la xénophobie existaient également à l'époque où la classe ouvrière votait davantage pour les partis de gauche, et que le mouvement syndical avait depuis toujours essayé de rappeler aux gens qu'ils n’étaient pas en concurrence. Les débats actuels sur la directive concernant le détachement de travailleurs ont montré à quel point il est difficile de rapprocher les gens et à quel point le rôle du mouvement syndical européen est important à cet égard.

Toutes les actualités

Evénements

Publications associées