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19 avril 2017

La flexibilisation du travail nuit à la productivité, selon deux économistes français

Les économistes Philippe Askenazy et Christine Erhel estiment que les mesures de flexibilisation du marché du travail ne sont pas étrangères à la baisse de la productivité du travail constatée depuis 2008 dans les pays de l’OCDE, et plus particulièrement dans les grandes économies européennes.

Dans un document de quatre pages paru en avril, les deux économistes français présentent des chiffres qui montrent un net ralentissement de la productivité du travail dans la plupart des pays de l’OCDE depuis la crise bancaire et financière de 2008. Les grandes économies européennes (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) ont enregistré une nette chute de leur productivité horaire entre 2008 et 2010, et tardent à retrouver les niveaux de croissance antérieurs à la crise. Parmi les facteurs d’explication de ce phénomène, les chercheurs épinglent les politiques d’emploi impulsées depuis au moins une dizaine d’années par de nombreux gouvernements.  Celles-ci ont débouché sur une dérégulation du contrat de travail permanent et l’essor des formes flexibles d’emploi (CDD, intérim, temps partiel, emploi indépendant, etc.). 

Ainsi, le nombre de salariés à temps partiel a augmenté d’environ 5 % en Allemagne entre 2002 et 2015, pour dépasser la barre des 25 %. Les temps partiels ont également augmenté en France, mais ce sont les salariés non permanents qui ont crû le plus ces quinze dernières années. Ils représentent désormais un peu plus de 15 % de l’emploi total. Toujours dans l’Hexagone, la mise en place du régime d’auto-entrepreneur en 2009 a provoqué une augmentation de l’emploi indépendant. « Or, les auto-entrepreneurs déclarent des revenus faibles, en moyenne moins du tiers du revenu annuel des indépendants ‘classiques’, de sorte que le développement de cette forme d’emploi tend à réduire la productivité du travail non salarié », expliquent les auteurs.  Conséquence : la productivité horaire du travail non salarié a baissé de près de 20%.

Les chercheurs constatent par ailleurs que l’essor des formes atypiques d’emploi s’accompagne d’une transformation de la nature même des contrats de travail temporaires. Ceux-ci sont d’une durée de plus en plus courte, en particulier au Royaume-Uni, avec les fameux contrats « zéro heure », et en France où les embauches de moins de un mois ont explosé.

Compte tenu de l’impact négatif de ces mesures de flexibilisation du marché du travail sur la productivité, les auteurs recommandent au contraire de privilégier des politiques visant à créer des emplois de qualité et à renforcer la formation des moins qualifiés.

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