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16 janvier 2018

La politique sociale dans l'UE en 2017: des attentes élevées mais peu de résultats concrets

launch bilan social 2017

L'édition 2017 du livre Social policy in the European Union: state of play montre que, bien que des progrès aient été réalisés, la gouvernance socio-économique de l'UE ne répond toujours pas de manière équilibrée aux défis macroéconomiques, budgétaires et sociaux. Lors du lancement de la 18e édition de la publication conjointe de l'Observatoire social européen (OSE) et de l'ETUI le 12 décembre, Gabi Bischoff, présidente du Groupe des travailleurs au Comité économique et social européen qui a accueilli l'événement, a exprimé le souhait que l'édition 2017 devienne un livre de "démarcation" marquant le début d'un débat sur la question de savoir si l'UE s'achemine actuellement vers la désintégration, l'"intégration différenciée" ou la poursuite de l'intégration.

Dans son allocution d'ouverture, Philippe Pochet, directeur général de l'ETUI, a expliqué sa théorie selon laquelle tous les 15 ans environ, une proposition ambitieuse de rééquilibrage social du projet européen est adoptée. Cette fois-ci, a-t-il dit, nous assistons à la proclamation du socle européen des droits sociaux et le monde syndical devrait saisir cette occasion pour avoir un impact sur le niveau européen maintenant, sinon il devra attendre encore 15 ans.

Mario Telò, président émérite de l'Institut d'études européennes (IEE) de l'ULB, a donné le départ de la première partie de cet événement en s’exprimant sur l'avenir de l'Union européenne. Selon lui, bien que "l'Europe soit un continent qui a peur de l'avenir", il semble désormais que ce "récit apocalyptique" soit en train de changer, notamment grâce aux succès des syndicats, par exemple en Allemagne où la DGB a réussi à contenir le parti d'extrême droite AfD lors des récentes élections. L'intégration différenciée qui, de son point de vue, a toujours été le mode de travail de l'UE, ne signifie pas que les autres États membres seront laissés pour compte ni qu'elle améliorera l’efficacité des politiques ou la démocratisation. Cosmin Dobran, de la Commission européenne, a reconnu que la situation économique et sociale de l'UE s'est en effet nettement améliorée aujourd'hui, ce qui prouve que les Etats-providences européens fonctionnent bien et "disposent de la flexibilité nécessaire pour s'adapter à la situation". Cependant, il a reconnu que plus de politiques sociales sont nécessaires. C'est l'objectif de la Commission Juncker depuis le début et le socle est un symbole de cet engagement politique. Il est évident qu'il reste beaucoup à faire pour faire en sorte que les droits du socle soient applicables et que les partenaires sociaux aient un rôle clé à jouer dans ce processus.

Maxime Cerutti (BusinessEurope) et Katja Lehto-Komulainen (CES), qui ont représenté les partenaires sociaux lors de cet événement, ont tous deux exprimé leur soutien au socle. Katja Lehto-Komulainen, secrétaire générale adjointe de la CES, a déclaré que c'est une opportunité que les syndicats sont heureux de saisir. Elle a souligné qu'à cet égard, il est essentiel que les partenaires sociaux soient impliqués de manière structurelle non seulement dans le semestre européen, mais aussi dans le dialogue social au niveau national. Bien que l'amélioration économique globale en Europe soit un fait, il y a également une augmentation significative de la pauvreté des travailleurs qui doit être combattue. Le socle contient de nombreux bons principes tels que la protection des travailleurs, la qualité du travail, le dialogue social, etc. mais la cohérence entre les aspects économiques et sociaux reste un problème. Elle a fait référence au paquet UEM récemment publié qui ne contient aucune référence au socle.

Dans la deuxième partie de la réunion, Amandine Crespy, professeur à l'IEE, a présenté les messages clés de son chapitre coécrit avec Vivien Schmidt, "The EU’s economic governance in 2016: beyond austerity?", dans lequel ces dernières montrent que l'agenda politique de l'UE a été redirigé depuis la rigueur budgétaire vers des priorités en matière d’investissements et de croissance, mais que les progrès ont été plutôt modestes. Jeroen Jutte de la Commission européenne a fait observer que le socle est considéré comme un instrument important pour s'attaquer aux problèmes persistants tels que le taux élevé de pauvreté au travail, et que sa mise en œuvre devrait être le résultat d'un engagement commun auquel participent la société civile et les partenaires sociaux. Kelig Puyet, directrice de la Plate-forme sociale des ONG européennes, a plaidé pour un processus de mise en œuvre plus transparent tenant compte de trois dimensions : législative, politique et financière. Freek Spinnewijn, directeur de la Fédération européenne des organisations nationales travaillant avec les sans-abri (FEANTSA), a ajouté que nous ne devrions pas nous concentrer uniquement sur le semestre européen car il existe d'autres processus politiques qui peuvent être utilisés pour mettre en pratique les principes du socle. Le récent paquet UEM a été à cet égard une occasion manquée. Il a également appelé à mettre davantage l'accent sur les principes pour lesquels peu de travail n’a encore été fait.

Bart Vanhercke, directeur de l'OSE et directeur de la rédaction du livre, a conclu en ces termes: "Il existe une réelle opportunité de relancer le processus d'intégration européenne, y compris sa dimension sociale. La majorité des Européens sont optimistes quant à l'avenir de l'UE. Il reste à voir si l'amélioration des perceptions de l'UE annonce un "printemps européen", comme la Commission européenne l'a affirmé avec optimisme. Mais il y a un demos européen qui attend des réponses: "il est temps de passer d’attentes élevées à des résultats élevés".

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