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9 mars 2018

La révolution du donut comme contre-modèle au paradigme de la croissance

La transition vers une économie durable et juste dépendra-t-elle du célèbre beignet américain ? Depuis la publication en avril 2017 de Doughnut Economics: seven ways to think like a 21st century economist, un nombre croissant de militants environnementalistes et altermondialistes anglophones le pensent. Au vu du nombre de personnes que l’ETUI et l’organisation flamande Arbeid&Milieu sont parvenus à réunir - près de 200 – le 6 mars à Bruxelles, l’idée n’est peut-être pas aussi saugrenue qu’il n’y paraît ?

Mais d’où vient au fait cette étrange histoire de donut ? Elle est sortie du cerveau de l’économiste britannique Kate Raworth. Celle qui se qualifie elle-même d’économiste « rebelle » est devenue depuis la sortie de son livre, un bestseller, une figure médiatique et une influenceuse importante au Royaume-Uni. Son fameux donut symbolise à ses yeux le modèle économique idéal pour le XXIe siècle, dont les deux anneaux définiraient le point d’équilibre entre satisfaction des besoins humains et limites environnementales. L’anneau intérieur représente la limite à partir de laquelle nos besoins fondamentaux (santé, revenus, accès à la nourriture et à l’eau, logement, éducation, etc.) sont remplis; l’anneau extérieur symbolisant le plafond à ne pas dépasser pour préserver la vie sur terre (en termes de pollution, changement climatique, biodiversité, préservation des océans, etc.) (voir schéma ci-dessous).

Avec le succès, Kate Raworth est très régulièrement invitée par des entreprises multinationales parmi les plus connues à venir présenter ses thèses iconoclastes. Elle accepte bien volontiers ces sollicitations, car l’auteur, qui enseigne également à l’université d’Oxford, semble convaincue que la transition vers un modèle économique éco-socialement responsable est impossible sans le concours des entreprises.

Si le monde entrepreneurial est présenté comme un partenaire du changement souhaité par Mme Raworth, il n’en demeure pas moins qu’il doit changer de façon de penser. L’auteur plaide pour un système de production qui soit par essence distributif et régénérateur.

Elle appuie son modèle par différents exemples d’actions concrètes menées par des collectifs de citoyens ou des entreprises s’inspirant des coopératives. A plusieurs reprises lors de son intervention, elle exhibera d’ailleurs son FairPhone qui, contrairement à son bien plus célèbre concurrent à la pomme, peut être ouvert et réparé par l’utilisateur lui-même.

Invité à commenter la présentation de l’économiste britannique, l’eurodéputé écologiste belge Philippe Lamberts s’est dit enthousiasmé par le modèle du donut – « Je me sens comme à la maison »  -, tout en en relevant certaines limites concrètes. Ainsi, Mr Lamberts émet des doutes quant à l’applicabilité des principes de l’économie circulaire à tous les secteurs. Il cite notamment l’exemple de l’industrie électronique dont les produits contiennent des métaux dont le recyclage nécessiterait le déploiement de ressources dépassant très largement les bénéfices environnementaux escomptés. Ou encore les fameuses voitures électriques. « Savez-vous que les réserves mondiales en lithium, ce métal indispensable à la fabrication des batteries, ne pourront satisfaire qu’une seule génération de véhicules électriques si cette technologie devait demain se substituer au moteur à explosion partout dans le monde », a-t-il déclaré en substance.

Auteur d’un ouvrage moins médiatisé, Heat, Greed and Human Need: Climate change, capitalism and sustainable wellbeing, mais tout aussi rafraichissant que celui de Kate Raworth, Ian Gough estime pour sa part que le « capitalisme vert » ne constitue pas la panacée. Ce professeur à la London School of Economics critique la stratégie dominante déployée pour répondre au défi climatique. Celle-ci repose sur le concept de « croissance verte » et propose d’augmenter l’ « éco-efficacité » du système productif mondial. Il estime que cette approche est biaisée, car elle évacue totalement du débat la question morale, et plus spécifiquement la problématique des inégalités. Ces dernières renforcent les problèmes climatiques estime-t-il, en exacerbant une sorte de compétition pour accéder à la reconnaissance sociale qui fait le lit de la surconsommation et de l’endettement des plus fragiles.

Le terme « Anthropocène » est souvent utilisé pour décrire l’impact des activités humaines sur notre planète depuis les prémices de la révolution industrielle, à la fin du XVIIIe siècle, jusqu’à nos jours. Ian Gough estime qu’il serait plus correct de parler de « Plutocène », car ce sont les 10% les plus riches parmi la population mondiale qui sont responsables de 50% des émissions de CO2. Et de citer comme exemple les 40 millions de véhicules de type SUV circulant sur les routes américaines qui s’ils étaient convertis en voitures classiques pourraient permettre à 1,6 milliard de personnes d’accéder à l’électricité, sans pour autant augmenter les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

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