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5 mai 2014

Les actions en matière de changement climatique et la compétitivité sont compatibles, affirme l’économiste en chef de l'AIE

Fatih Birol (IEA) on Europe's energy revolution

Les décideurs politiques européens ont élaboré une stratégie visant à décarboner l'économie pour lutter contre le changement climatique et la fin du pétrole bon marché, mais ces efforts ont été sapés par la crise économique et financière actuelle. L'ETUI a lancé la semaine dernière un nouveau cycle de conférences sur « la transition socio-écologique» en vue d’examiner ces questions. Lors de la première réunion de ce nouveau cycle, Fatih Birol, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie basée à Paris (AIE), a présenté une analyse de la dimension économique et environnementale de la révolution énergétique si nécessaire à l'Europe.

M. Birol a construit son discours autour des deux axes : les politiques en matière de changement climatique et la compétitivité. « Ma thèse principale est qu’il ne s’agit pas «de l’un ou de l’autre »; nous pouvons aborder à la fois la compétitivité et le changement climatique si nous appliquons les bonnes politiques. » Pour ce faire, l'UE doit inscrire ses politiques énergétiques dans un contexte global et ne pas se considérer comme « un îlot énergétique ».

Cet économiste de renom a structuré ses arguments autour de la révolution du gaz de schiste aux États-Unis et des changements dans les politiques nucléaires de certains gouvernements après la catastrophe de Fukushima, qui ont placé « le contexte énergétique dans une perspective nouvelle». M. Birol a déclaré que la scène énergétique mondiale devrait être comparée à un film, où « les rôles des acteurs sont réécrits ». Il a souligné que de nombreux pays, comme les États-Unis et le Brésil, qui « avaient pour rôle d'être parmi les principaux importateurs d'énergie... sont devenus de plus grands exportateurs d'énergie ». Entre-temps, la consommation domestique d'énergie des «riches pays pétroliers du Moyen-Orient » est désormais tellement importante que cela a une incidence sur les indicateurs énergétiques mondiaux, «faisant de ces pays des exportateurs et de gros consommateurs ».

Les routes commerciales mondiales de l'énergie sont également en train de changer, a déclaré M. Birol, en donnant l'exemple du Canada. « Jusqu'il y a peu, la vie des Canadiens était très simple : ils ont produit du pétrole et du gaz, l’ont exporté dans le Sud et ont profité de la vie ». Mais les Etats-Unis, grâce à ses gains provenant du gaz de schiste, n’ont plus eu besoin de cette énergie et c’est ainsi que de nouveaux axes commerciaux ont fait leur apparition, notamment entre le Canada et la Chine et entre le Canada et le Japon.

Ces changements se produisent «très rapidement », a déclaré M. Birol, appelant « les entreprises, les gouvernements et les gens... à voir et à prendre rapidement conscience de ces changements ».

La seule constante dans tout cela est que « les émissions de CO2 continuent d'augmenter de manière significative », affirme-t-il, une grande responsabilité incombant au secteur de l'énergie. Avec la trajectoire actuelle de l'énergie, « nous sommes en voie d’atteindre une augmentation de température de 3,6°C en moyenne», a déclaré M. Birol. Il a averti qu’avec une telle augmentation, nous ne serons pas en mesure d’«accrocher notre veste au porte-manteau et de profiter de la vie ; il y aura des conséquences importantes ».

M. Birol s’est montré « assez optimiste quant à l’idée que nous puissions assister à certaines avancées » vers un accord international sur le climat lors du sommet des Nations Unies à Paris l'année prochaine. Le ralentissement de la consommation de charbon en Chine, la réduction des émissions de CO2 aux États-Unis et l'engagement de l'UE en faveur d’une politique climatique forte sont autant de facteurs d'espoir. Mais il a averti qu’il faudrait une réglementation pour assurer la réduction des émissions et que les seules forces du marché ne seraient pas suffisantes. Les émissions de CO2 ont diminué aux États-Unis depuis 2007 « à la suite de la révolution du gaz de schiste mais il a souligné que les prix du gaz et du charbon se rapprochent de plus en plus à nouveau ; on assistera à un retour du charbon et à une augmentation des émissions aux Etats-Unis.

L'UE doit également accepter que les prix élevés de l'énergie constituent un «problème structurel », a déclaré M. Birol. Depuis la révolution du gaz de schiste aux États-Unis, « les prix du gaz de l'UE sont trois fois plus élevés qu'aux Etats-Unis. Il est possible que cette différence se réduise « un peu », mais pour lui, l'UE devra faire face à des prix élevés du gaz « durant les deux prochaines décennies ». L'Europe a besoin de politiques pour répondre à cette problématique, et « les groupes d’intérêt traitant de l’énergie, de l'économie, de la compétitivité et du travail doivent se réunir et décider de ce qu’il faut faire ». Cela pourrait exiger la prise de décisions difficiles sur les industries les plus énergivores, mais le « pire serait de laisser [ la situation ] comme elle est ». L'UE doit renforcer l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, et favoriser « en particulier les projets qui seront fructueux sur le plan économique », a recommandé M. Birol, ajoutant que le nucléaire et le gaz de schiste ont un rôle à jouer, « là où ces sources d’énergie sont acceptées » par la population locale.

Jason Anderson, chef du département Politique énergétique et climatique au WWF-Europe, a averti que les prévisions de M. Birol étaient basées sur des scénarios spécifiques et n’étaient pas nécessairement des prédictions précises. « Nous pouvons encore changer le monde », a-t-il dit aux participants, leur demandant « de ne pas rentrer à la maison noyer leur chagrin et s’absenter du travail le lendemain ». M. Anderson s'interroge en particulier sur les « critères étriqués » de M. Birol en matière de compétitivité basés sur l'énergie et appelle l'industrie bas carbone de l'UE à se concentrer sur les moyens d'exploiter ces technologies pour l'usage domestique, plutôt que de se concentrer sur les exportations. « Nous devons investir dans les industries de l'UE ; le passage à l'énergie propre n'est pas un luxe, mais une nécessité ».

Philip Pearson, Senior Policy Officer en charge du développement durable au Trades Union Congress (TUC), a demandé que la transition vers une économie bas carbone soit une «transition juste» basée sur l'implication des travailleurs et les investissements dans les emplois verts, les écoles, la protection sociale et les droits de l’homme. Le paquet européen proposé en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030 est muet sur la voix des travailleurs et sur le dialogue social. « Si nous n’impliquons pas les travailleurs, nous allons rater le coche », a déclaré M. Pearson, exhortant l'intégration des politiques environnementales et industrielles.

Benjamin Denis, conseiller à la CES, a déclaré que la nécessité de décarboner l’économie « est une question de solidarité avec les générations futures et les personnes qui en souffrent déjà ». Et même, a-t-il ajouté, si le changement climatique n'était pas un problème, ce serait une « bonne idée de décarboner » pour réduire la dépendance énergétique, améliorer la balance commerciale de l'UE et pour des raisons de qualité de l'air. La révolution de l’énergie ne revient pas à choisir entre la production industrielle et la réduction des émissions mais à « trouver un juste équilibre », a insisté M. Denis. Il a souligné que les instruments actuels de la politique de l'UE étaient «trop fragmentés» pour être en mesure de relever les défis climatiques et énergétiques, et a appelé à davantage de coopération entre les Etats membres de l'UE, à des niveaux plus élevés d'investissement et à un élargissement du débat énergétique européen afin prendre en compte tous les facteurs, y compris l’impact sur les communautés locales et les conditions de travail.

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