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7 juin 2019

Les instituts de recherche liés aux syndicats se réunissent la veille du Congrès de la CES pour discuter de thèmes de recherche en commun

Cette année, les membres du réseau des instituts de recherche proches du mouvement syndical (TURI) ont été invités par la Chambre autrichienne du travail (AK) à tenir leur conférence annuelle en marge du congrès de la CES à Vienne. Le 20 mai, 52 participants de plus de 30 instituts se sont réunis dans les locaux de l'AK pour discuter de questions qu'ils considèrent de grand intérêt. Christophe Klein, directeur de l'AK, a souhaité la bienvenue aux participants en soulignant la nécessité d'un tel réseau au regard du caractère transnational des défis auxquels sont confrontés aujourd'hui les syndicats et leurs instituts de recherche. Le directeur de l'ETUI, Philippe Pochet, a présenté un aperçu de l'ordre du jour du Congrès et a invité les membres de TURI à soutenir l'ETUI en organisant un échange sur le thème du renouveau syndical, qui est actuellement d'une importance majeure pour le mouvement syndical européen.

Marta Kahancová du Central European Labour Studies Institute (CELSI), qui a récemment rejoint le réseau, a ouvert la première session de la conférence en présentant le projet de recherche auquel elle a participé sur « Les réponses des syndicats au travail précaire en Europe centrale et orientale ». Cette recherche a permis de constater que, même si les syndicats ont des ressources organisationnelles très différentes, ils « offrent des réponses dans une large mesure similaires dans chaque pays par rapport aux logiques et approches choisies pour faire face au travail précaire ». Sa collègue, Mária Sedláková, a évoqué les conditions de travail et les stratégies des partenaires sociaux à l'égard du travail de plates-formes en Slovaquie. D'après cette étude, il n'y a eu jusqu'à présent aucune tentative d'organiser les salariés du côté des travailleurs dans l'économie de plates-formes; il y a même eu un accord entre toutes les parties prenantes selon lequel « les travailleurs de plates-formes ne sont pas des salariés et les plates-formes ne sont pas leurs employeurs ». Simon Theurl, de l'organisation hôte, a discuté du rôle de l'entreprise dans le développement du chômage en Autriche et de ce que le centre autrichien pour l'emploi peut faire pour inciter les entreprises à se tourner vers les politiques du marché du travail. Luigi Lama du Cisl National Study Center a parlé de différentes expériences de syndicalisation des travailleurs faiblement rémunérés/vulnérables dans les secteurs de l'agriculture, du commerce et de l'hôtellerie, de la logistique et du transport en Italie.

La deuxième session s'est concentrée sur la négociation collective en Europe avec Vera Glassner de l'AK qui a expliqué la situation en Autriche. Selon elle, malgré la relative stabilité des institutions de négociation collective en Autriche, les relations de pouvoir évoluent actuellement au détriment du travail. Parallèlement, la Chambre du travail a été constamment attaquée par le gouvernement conservateur de droite. A la suite de cette présentation, Udo Rehfeld de l'IRES (France) a présenté un aperçu des réformes récentes (2016-17) en France dans le cadre desquelles le gouvernement a introduit une décentralisation de la négociation collective imposée par l'Etat. Dans un autre ordre d'idées, Torsten Müller de l'ETUI et Thorsten Schulten de l'Institut allemand de recherche économique et sociale de la Fondation Hans-Böckler (WSI) ont parlé de la relance du débat sur un salaire minimum européen, en faisant remarquer qu'il est désormais à l'ordre du jour au niveau national dans de nombreux pays (Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, etc) mais aussi dans l'UE. Il a été mis en avant dans les campagnes électorales récentes et figure également dans le socle européen des droits sociaux. Salvo Leonardi, de la Fondazione Di Vittorio de Rome, a ensuite présenté ses recherches sur les tendances de la décentralisation en Europe, avec des exemples en Espagne, Italie, Allemagne, France et Belgique. Il a soutenu que « tout en ayant subi bien des pressions, les institutions de négociation collective n'ont pas changé de l'extérieur », mais il considère toutefois l'affaiblissement de la coordination horizontale qui a conduit à une négociation segmentée comme la principale menace future qui pèse sur les négociations collectives. 

La dernière session de la conférence a porté sur le thème de plus en plus pressant du néonationalisme dans l'UE et le rôle des syndicats. Heiner Dribbusch du WSI a expliqué les positions de la Confédération allemande des syndicats (DGB) face à la montée de l'extrême droite en Allemagne. « Le fait d'être affilié à un syndicat n'empêche pas les gens de voter pour l'extrême droite », a-t-il déclaré, « bien que la position des syndicats soit très claire à cet égard ». Joachim Becker, professeur à l'Université d'économie et de gestion de Vienne, qui a effectué une recherche approfondie sur les programmes et les pratiques des partis néonationalistes dans les pays de l'UE, a soutenu que les éléments dominants caractérisant la plupart des partis qu'il a étudiés sont leur conservatisme et leur orientation économique néolibérale. A cet égard, il a recommandé que les syndicats informent leurs affiliés que, de facto, ces partis sont contre le dialogue social et pour une flexibilisation des relations de travail. 

Dans ses remarques finales, le Secrétaire général adjoint de la CES, Peter Scherrer, a souligné combien l'affiliation est importante pour avoir des syndicats forts et a invité les organisations fortes à aider les plus faibles d'entre elles. Pour cela, « nous devons nous parler honnêtement », a-t-il déclaré, car « cela est dans notre intérêt commun » ou « sinon nous allons perdre notre représentativité ». 

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