European Trade Union Institute, ETUI.

Accueil > Actualités > Pays-Bas : le nombre de travailleurs flexibles en forte a...

Actualités

10 avril 2017

Pays-Bas : le nombre de travailleurs flexibles en forte augmentation

Aux Pays-Bas, le nombre de travailleurs flexibles est passé de 2,1 millions à 3,2 millions entre 2003 et 2015. Ce pays se classe désormais à la sixième place du classement des pays comptant le pourcentage le plus élevé de travailleurs flexibles, après la Pologne, la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie.

Dans leur rapport, publié le 15 mars dernier, Paul de Beer et Evert Verhulp, professeurs à l’université d’Amsterdam, dressent un état des lieux du travail flexible aux Pays-Bas en répondant à 30 questions. Ils commencent par préciser ce qu’ils entendent par « travail flexible » en expliquant ce qu’il n’est pas : « le travail flexible englobe toutes les formes de travail (rémunéré) qui ne sont pas établies dans une relation de travail stable avec une durée de travail fixe. » Les auteurs distinguent dans leur rapport deux principaux groupes de travailleurs flexibles : les travailleurs sans contrat de travail (les indépendants avec ou sans personnel), d’une part, et les travailleurs avec un lien contractuel temporaire (CDD, intérimaires, etc.) et/ou avec une durée de travail variable (contrats « zéro heure », sur appel, etc.), d’autre part.

40 % des travailleurs néerlandais peuvent être considérés comme des travailleurs flexibles (3,3 millions sur une population active de 8,3 millions).

Près d’un tiers des travailleurs flexibles (31%) sont des indépendants sans personnel. Ils sont suivis par les travailleurs en disponibilité/intérimaires (17%) et les travailleurs temporaires avec une perspective d’un emploi permanent (13%). Le fait qu’un nombre très important de travailleurs ont rejoint ces trois catégories ces dernières années permet d’expliquer en grande partie l’augmentation de plus d’un million de travailleurs flexibles entre 2003 et 2015.

Si l’on compare la situation des Pays-Bas avec les pays de l’Union européenne à Quinze, on observe que le croisement des courbes s’opère précisément au moment de la crise de 2007-2008. Jusqu’alors le pourcentage de travailleurs flexibles aux Pays-Bas était inférieur à la moyenne des autres « anciens » pays membres. Après la crise, il y a eu un véritable boom du travail flexible aux Pays-Bas, alors que dans les autres pays de l’UE-15, la situation est assez vite revenue à la normale après une augmentation modeste entre 2005 et 2010.

Les secteurs où les travailleurs flexibles sont fortement présents sont l’agriculture (plus de 70% de la main-d’œuvre, avec une surreprésentation des indépendants), l’Horeca (65%), le secteur des loisirs, du sport et de la culture (un peu plus de 60%).

Si l’on considère la part de travailleurs flexibles selon le sexe, on remarque que les femmes sont un peu moins concernées que les hommes, mais cette situation s’explique par la proportion très élevée des indépendants (presque 50%) parmi les travailleurs flexibles masculins.

Le travail flexible est très inégalement réparti selon les générations : ce sont les catégories d’âge extrêmes qui sont les plus touchées. Près de 70% des travailleurs entre 15 et 25 ans sont concernés, et même plus de 80 % des travailleurs de 65 ans et plus. Mais il faut souligner que les indépendants sont surreprésentés parmi la catégorie des travailleurs flexibles très âgés, alors qu’ils sont peu représentés parmi les plus jeunes, contrairement aux travailleurs ayant une durée de travail variable.

Les auteurs de l’étude ont également analysé le phénomène en fonction du niveau d’études : si toute la société néerlandaise est touchée, on constate cependant un différentiel d’environ 10 % entre les Néerlandais disposant d’un niveau d’instruction bas et ceux ayant fait des études supérieures. Parmi les travailleurs flexibles ayant un niveau d’instruction élevé, on observe à nouveau une surreprésentation des indépendants.

Les travailleurs d’origine étrangère sont davantage concernés par le travail flexible que les Néerlandais de souche.

Le droit du travail néerlandais, qui impose qu'après deux ans un contrat temporaire soit transformé en contrat permanent, ne diffère pas des législations d'autres pays disposant d’un régime de sécurité sociale comparable, tels que l'Allemagne, la Belgique et la Suède. Or, on y dénombre un taux nettement plus faible de travailleurs flexibles qu’aux Pays-Bas. Le système fiscal néerlandais, extrêmement favorable aux travailleurs indépendants sans personnel, expliquerait l’essor connu par ce statut professionnel ces dernières années.

Les résultats de l’étude néerlandaise sont cohérents avec les données récemment présentées par l’ETUI dans son rapport Benchmarking Working Europe 2017. Ce rapport montre également une augmentation du travail temporaire aux Pays-Bas depuis 2008. Ce pays figure d’ailleurs dans le peloton de tête des pays où cette forme de travail est la plus répandue, après la Pologne, l’Espagne, la Croatie et le Portugal.

En savoir plus :

Résumé du rapport (en anglais)

Rapport complet :

Toutes les actualités