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8 novembre 2018

“Des droits chez Ryanair” : la solidarité des travailleurs européens dans les faits

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A la fin du mois d'octobre, l'ETUI a organisé un déjeuner-débat sur les récents développements qui ont eu lieu chez Ryanair. La compagnie aérienne irlandaise à bas prix est connue pour ses conditions de travail déplorables et ses mauvaises relations avec les travailleurs, malgré des revenus nets de 1,45 milliard € par an. Elle est aussi réputée comme étant antisyndicale, ce qui a entravé la mise en œuvre d'actions syndicales dans le passé. Lors de ce débat, les participants ont pu constater que la situation est en train de changer, la détérioration continuelle des conditions de travail ayant entraîné une série de grèves dans différents pays européens au cours des derniers mois.

Jean Vandewattyne, chargé de cours à l'Université de Mons et à l'Université Libre de Bruxelles (ULB), qui a suivi l'évolution de Ryanair depuis sa création en 2001 à Charleroi - sa première base continentale - a expliqué l'évolution du conflit dans les relations professionnelles entre Ryanair et ses pilotes et le personnel de cabine en Belgique.

Les premières traces de conflictualité sociale remontent à 2003. Elles prennent la forme d’une action en justice soutenue par la Centrale Nationale des Employés (CNE) de la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC). Elle vise à faire reconnaître le droit belge au cas de trois hôtesses de l’air dont la compagnie irlandaise vient de se séparer au terme d’une période d’essai d’un an moyennant une indemnité de rupture équivalent à sept jours de rémunération. Si, en 2005, le tribunal du travail de Charleroi donne raison aux ex-hôtesses, Ryanair obtient gain de cause en appel auprès de la cour du travail de Mons. Par la suite, un second bras de fer judiciaire opposera une ex-hôtesse, toujours soutenue par la CNE, à Ryanair. Alors que cette affaire est toujours en attente d’un jugement en appel, la conflictualité sociale est entrée dans une autre phase à partir de la fin 2017. La compagnie irlandaise se retrouve confrontée à une menace de grève, qui débouchera sur des actions de grève portées par le personnel de cabine et les pilotes, simultanément ou non, en juillet, août et septembre 2018. Elle se structure autour d’une revendication forte : la reconnaissance du droit social lié à la base d’affectation. Le conflit a révélé des conditions de travail grotesques chez Ryanair : formations et uniformes payés par les employés, recrutement par le biais d'agences d'intérim, contrats de travail irlandais et politiques antisyndicales rigides instaurées par la direction de Ryanair.

François Ballestero de la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) a présenté les campagnes que l'ETF et la Fédération internationale des travailleurs des transports (ITF) ont lancées depuis 2005 et plus particulièrement la campagne actuelle. L'ETF s'efforce de donner aux employés de Ryanair une voix collective depuis 15 ans en présentant des propositions basées sur les conventions de l'OIT et les droits fondamentaux des travailleurs de l'UE. Comme le dit M. Ballestero, travailler chez Ryanair c'est une " forme moderne d'esclavage ". Michael O'Leary, PDG  de Raynair, considéré comme un " leader autoritaire d'une secte ", est un habitué des déclarations fracassantes et a une attitude méprisante non seulement envers son personnel mais aussi à l'égard des passagers.

Ryanair a préféré fermer ses bases en France en 2012 plutôt que d'appliquer le droit du travail français ; elle a également quitté le Danemark en raison du jugement favorable rendu en 2015 par un tribunal danois à l'égard des syndicats. En 2017, l'ETF a lancé avec l'ITF une campagne commune intitulée Cabin Crew United. La pression continue sur la direction de Ryanair a finalement conduit à la reconnaissance des syndicats dans l'entreprise en décembre 2017, ce qui constitue une " date historique pour le mouvement syndical ", a déclaré Francois Ballestero. Il a souligné cinq axes stratégiques de la campagne de l'ETF/ITF : le support en matière de mobilisation, le soutien en matière de négociation, le recours en justice, l’application du droit social lié à la base d’affectation, ainsi que le renforcement de la campagne Fair Transport.

Avec les grèves de l'été 2018, les salariés de Ryanair ont commencé à oser montrer leur visage lors d'actions syndicales, ce qui était impensable auparavant. En juillet 2018, la "Charte des équipages de Ryanair", issue d'une réunion à Dublin de Cabin Crew United, qui représente le personnel de Ryanair en Europe et en Afrique du Nord, a fait état de 34 demandes émanant du personnel : rémunération équitable, horaires de travail stables, application du droit du travail du pays de la base d’affectation et fin du travail sous pression.

Le débat s'est terminé sur une note optimiste, lorsque les intervenants ont déclaré que, même si le PDG de Ryanair, Michael O'Leary, prétendait encore ne pas être impressionné par cette remarquable campagne commune, certains des membres du conseil d'administration de la compagnie ont maintenant compris que l'entreprise avait besoin de se montrer plus humaine.

Cet événement a été retransmis en direct sur la page Facebook de l'ETUI. Vous pouvez le visionner ici

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