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2 février 2018

L'état de la convergence au sein de l'Union européenne 14 ans après l'élargissement

Martin Myant

L'ETUI a marqué le départ à la retraite de son économiste en chef depuis 5 ans, Martin Myant, avec une conférence qui a rencontré une large audience sur la convergence des salaires dans les pays d'Europe centrale et orientale (CEE) et qui s'est tenue le 25 janvier au Comité économique et social européen à Bruxelles. Maria Jepsen, directrice du département de recherche de l'ETUI, a félicité Martin dans son discours d'ouverture pour la qualité de son travail sur la convergence et la transition qui a permis d’élargir et de renforcer le programme de recherche de l'ETUI dans ce domaine, mais aussi pour le travail qu'il a réalisé sur des questions plus larges telles que les accords commerciaux, la législation sur la protection de l'emploi et le marché du travail en général.

Contrairement à la croyance populaire selon laquelle l'élargissement a entraîné la convergence des économies et des salaires, les recherches de l'ETUI ont montré que la réalité est loin d’être aussi simple. Martin Myant l'a expliqué en présentant son working paper récemment publié, “Why are wages still lower in eastern and central Europe?” Selon lui, les salaires nominaux dans cette partie de l'Europe sont inférieurs au niveau de la productivité en raison de la stratégie commerciale des multinationales opérant dans la région. L'augmentation des salaires peut amener les multinationales à déplacer leurs activités vers d'autres pays où les salaires sont moins élevés. Pour lui, il est crucial que les PECO se concentrent davantage sur la recherche et le développement, l'innovation et les efforts pour attirer une main-d'œuvre plus qualifiée. Ce n'est qu'avec une combinaison de politiques différentes que la convergence pourra commencer à se produire.

Jan Drahokoupil, chercheur senior à l'ETUI, a étayé la première présentation par les conclusions d'un working paper que Agnieszka Piasna et lui-même ont publié en 2017. Selon ces résultats, les écarts salariaux entre les pays à salaires élevés et les pays à bas salaires s'accentuent lorsque l'on tient compte des différences entre les travailleurs, le travail et le lieu de travail, comme la diminution du coût de la vie, des compétences et de la productivité. Magdolna Sass, de l'Académie hongroise des sciences, a souligné que l'ETUI mène une recherche très importante, voire "d'avant-garde", qui met en lumière les questions qui contribuent aux écarts entre l'Est et l'Ouest. Elle a ajouté que certains faits nouveaux, tels qu'un nationalisme économique accru et de nouveaux développements technologiques, pourraient également avoir un impact négatif sur la position des PECO.

Lors de la table ronde qui a suivi, Josef Středula, président de la Confédération tchéco-morave des syndicats, a déclaré que les syndicats d'Europe centrale et orientale se trouvent dans une situation très dangereuse en raison de l'énorme mécontentement populaire face à la situation socio-économique quatorze ans après l'élargissement. Alors que le niveau de productivité est d'environ 70% de la moyenne de l'UE, les salaires ne représentent que 30% du salaire moyen de l'UE. Cela a entraîné divers conflits, dont un conflit récent sur la directive concernant le détachement de travailleurs. Le dumping social est dangereux, mais ce n'est pas la faute de l'Europe de l'Est. "Ce n'est pas l'Europe de l'Est qui veut des salaires plus bas." 

Katja Lehto-Komulainen, secrétaire générale adjointe de la CES, a parlé des efforts de la CES pour s'attaquer aux problèmes mentionnés dans les présentations précédentes. Elle a déclaré que la CES est activement impliquée sur différents fronts, tels que la campagne "Pay Rise", le semestre européen, le socle européen des droits sociaux et la lutte contre le dumping social.

Jens Holscher de l'Université de Bournemouth a souligné que l'exemple de l’Allemagne de l'Est et de l'Ouest est très révélateur. Bien que des milliards de dollars aient été investis en Allemagne de l'Est, la convergence a été très décevante. Les institutions formelles et informelles et les migrations sont des facteurs importants qui ont été sous-estimés, mais qui doivent maintenant être pris en compte. Il a également rappelé que les économistes progressistes et les syndicats ont plaidé pour une augmentation des salaires en Allemagne, afin de contrebalancer l'excédent d'exportation du pays. Le problème est que, bien qu'elle soit bien fondée d'un point de vue macroéconomique, une telle augmentation entraînerait un écart salarial encore plus important.

Jože Mencinger, ancien ministre du gouvernement slovène et actuellement professeur émérite à l'Université de Ljubljana, a exprimé son pessimisme quant à l'avenir, déclarant que "certains pays ont été condamnés à rester à la traîne, du moins pour les années à venir". Il a déclaré que le prix de la convergence a été très élevé, en particulier pour les pays néo-capitalistes comme la Bulgarie, la Roumanie et les pays baltes: ils ont perdu une grande partie de leur population (particulièrement des personnes hautement qualifiées), le capital étranger possède une grande partie de la richesse nationale, et il existe de très fortes inégalités. Selon lui, l'un des plus grands problèmes est le manque d'activités de recherche et d'innovation dans les PECO, à l'exception de la Slovénie. 

Pour conclure, Bernard Chavance, professeur émérite à l'Université Paris Diderot, a rappelé que le concept même de "convergence" est issu de l'économie dominante qui s'appuie sur le PIB comme principale mesure de la croissance et qui, comme nous le savons déjà, présente de nombreuses faiblesses. En ce qui concerne les investissements étrangers, il a rappelé les mots de l'économiste britannique Joan Robinson qui a dit que "la seule chose qui soit pire que d'être exploité, c'est de ne pas être exploité". Il est possible de rompre avec le type de situation dans laquelle se trouvent les PECO, la Chine en étant un exemple de premier plan. Bien qu'elle ait également été écrasée par les investissements étrangers directs, la Chine est parvenue à passer d'une économie à très bas salaires à un modèle de croissance fondé sur l'innovation.

Vous pouvez télécharger les présentations de la conférence ici 

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