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21 septembre 2018

Un débat de l'ETUI pose la question suivante : pouvons-nous créer des emplois dans un monde « post-croissance » ?

La question fondamentale de savoir comment parvenir à la durabilité environnementale tout en garantissant une justice sociale a été débattue lors d'une réunion d'experts organisée ce mois-ci par l'ETUI à Bruxelles. La conférence « post-croissance 2018 » du 20 septembre dernier, qui a clôturé deux journées de débats sur cette question au Parlement européen, nous a permis de voir des experts se demander si - et dans quelle mesure- la lutte contre le changement climatique peut se concilier avec les exigences européennes axées sur de bons niveaux d’emploi et un filet de protection sociale. Alors que de plus en plus d'économistes préconisent aujourd’hui une société à croissance faible, voire nulle - dans un contexte d'austérité, de populismes et de menace pour l'emploi en raison de l'automatisation -, les économistes et les syndicalistes réunis à cette occasion se sont penchés sur la question de savoir comment gérer la transition verte dans une optique de durabilité sociale.

Le débat a révélé un consensus étonnamment large sur la nécessité d'un changement radical de la pensée économique. Par contre, on constate un fossé tout aussi frappant entre les points de vue sur la façon de gérer les répercussions sociales et politiques d'une transition vers un monde sans expansion économique continue. Comme l'a dit Philippe Pochet, directeur général de l'ETUI : « Ce n'est pas seulement une transformation économique dont nous avons besoin, mais bien d’une transformation sociale ». Il a ajouté que pour obtenir un consensus, les décideurs politiques doivent convaincre 95 % de la population, et non 5 %. Le reste du débat s'est concentré sur les moyens d'y parvenir.

Frederico Demaria, de l'université autonome de Barcelone, a soutenu que la « décroissance » est maintenant fermement à l'ordre du jour, les jeunes étant particulièrement conscients de la nécessité de troquer un bien-être matériel toujours croissant contre un environnement durable à long terme. Ce point de vue a été amplifié par Tom Bauler, de l'université libre de Bruxelles, qui a soutenu pour sa part que des pans entiers de l'économie allaient devoir être fermés.  Vincent Liègey du mouvement français « Projet de décroissance » a déclaré : « Notre société a envie de sortir de ce cycle de consommation ».

Quel pourrait en être le catalyseur ? Gaël Giraud, conseiller économique du gouvernement français, a le sentiment qu'une nouvelle crise économique s’annonce, en partie à cause de la dépendance du monde vis-à-vis des combustibles fossiles. Il a soutenu que des initiatives coordonnées visant à promouvoir une économie plus durable pourraient fournir un nouveau moteur de croissance, moins préjudiciable, en adoptant de nouvelles technologies et en mettant fin à la dépendance envers l'ingénierie financière. 

Pour d'autres, il existe des obstacles plus sérieux à cet égard, comme l’opposition des « technocrates » et les difficultés politiques engendrées par des réformes radicales qui pourraient menacer les emplois et les systèmes de sécurité sociale.

Karl Pichelmann, conseiller principal à la DG EcFin, a déclaré que les décideurs politiques européens se focalisent déjà sur une croissance inclusive et durable. Toutefois, il a averti que, pour que les niveaux de vie mondiaux convergent et se maintiennent indéfiniment, la moyenne actuelle d'environ 7000 dollars en termes de parité d'achat exigerait une redistribution de 40 à 50% du stock mondial actuel des richesses.  

Les répercussions politiques en seraient immenses. Giorgios Kallis, de l'université autonome de Barcelone, a admis qu'une société post-croissance pourrait signifier moins d'emplois dans les pays riches et que les travailleurs auraient donc besoin d'un meilleur dispositif de protection sociale, incluant peut-être un revenu de base garanti, pour les soutenir. Sotiria Theodoropoulou, économiste à l'ETUI, a déclaré que la transition verte serait un défi et a appelé l'UE à utiliser tous les leviers politiques pour y parvenir, par exemple en changeant le mandat de la BCE pour que les restrictions imposées aux investissements publics en technologies vertes soient assouplies. Jeffrey Franks, directeur du département Europe du FMI, a souligné que l'éradication de la pauvreté est intimement liée à un taux de croissance constant et a déclaré qu'il est plus facile de redistribuer une part croissante et non statique du gâteau.  

Luca Visentini, secrétaire général de l'ETUI, a rappelé qu'un monde post-croissance ne peut se faire au détriment de l'emploi et du niveau de vie des personnes. « Les travailleurs sont en colère et désespérés. Une grande partie d'entre eux occupent des emplois précaires, sont confrontés à de bas salaires et à l'absence de droits dans une société fragilisée. Je ne sais pas si une société post-croissance fonctionnera, mais je sais que nous devons changer la configuration économique actuelle. »

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