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29 avril 2014

Cinq ans d'austérité : bilan et alternatives pour une sortie de crise

Le 25 avril dernier, l'ETUI a consacré son Forum mensuel aux résultats des politiques européennes de sortie de crise, tels qu'analysés dans son rapport Benchmarking Working Europe 2014, récemment publié. L'économique et le social constituaient les deux axes d'analyse privilégiés lors de cet après-midi de débat.

Martin Myant, responsable à l'ETUI de l’unité Politiques économiques, sociales et de l'emploi en Europe, a dressé un bilan pour le moins critique des résultats des politiques économiques déployées par l'Union européenne depuis 2008.

L'Europe se relève très péniblement, et beaucoup plus lentement que les autres économies développées, le niveau de la dette publique n'a diminué que dans un seul pays (la Suède), les exportations européennes ont chuté, de même que les "flux financiers", etc. L'économiste de l'ETUI estime que le manque de résultats des mesures macroéconomiques adoptées découle d'un mauvais diagnostic des causes de la crise, qui selon lui ne trouve pas son origine dans la dette publique des États.

Martin Myant s'en prend particulièrement à la manière dont la Commission aborde le problème de la compétitivité de l'économie européenne. "Pour la Commission, compétitivité va de pair avec baisse des salaires. Or, la qualité de nos produits, qui est déterminée par les investissements en recherche et développement, est un facteur plus déterminant", a-t-il déclaré. Et de plaider pour des mesures permettant aux gouvernements d'emprunter à nouveau.

Anne Bucher, directrice du département Réformes structurelles et compétitivité à la DG Affaires économiques et financières de la Commission européenne, réfute le constat dressé par Mr Myant. "Non, la Commission ne plaide pas automatiquement pour la baisse des salaires. Mais il n'était pas possible de continuer dans la voie suivie par certains États membres où les salaires étaient en total décalage avec le niveau de productivité. Un réajustement était indispensable", estime Mme Bucher. Pour preuve de l'utilité de ces mesures, la responsable de la Commission cite les cas de l'Espagne et de l'Irlande dont les exportations se sont récemment nettement redressées.

Pour Guntram Wolff, directeur du think tank Bruegel, les mesures défendues par la Commission n'ont pas débouché systématiquement sur une détérioration des conditions de vie des salariés européens – "des augmentations de salaire ont été observées dans certains secteurs" -, tout en partageant l'inquiétude de l'ETUI quant au chômage massif des jeunes.

Le chômage allait également occuper une large part de la deuxième partie des débats, centrés sur l'impact social des politiques d'austérité menées depuis plus de cinq ans. Agnieska Piasna, chercheure à l'ETUI, observe que depuis 2008 les seuls nouveaux emplois créés sont des emplois à temps partiel, au détriment des emplois à temps plein. Ces emplois contribuent au phénomène des travailleurs pauvres. "Désormais, le niveau de qualification n'est plus un amortisseur contre le risque de pauvreté", considère la chercheure.

Robert Strauss, chef de l’unité Analyse de l’emploi à la DG Emploi, a une opinion moins négative du phénomène du travail à temps partiel. "La réduction du temps de travail a permis de sauver de nombreux emploi au début de la crise", estime-t-il. Tout en reconnaissant qu'à long terme, cette tendance peut poser problème.

Ilaria Maselli, chercheure au think tank Centre for European Policy Studies, a également cherché l'éclaircie dans un ciel encore obscurci par les prévisions de croissance plutôt pessimistes du Fonds monétaire international. "Dans certains pays, l'Espagne et la Lettonie notamment, la courbe s'inverse", constate-telle. Elle s'interroge cependant sur l'avenir des travailleurs de l'industrie manufacturière et de la construction qui ont perdu leur emploi, pour lesquels une réinsertion vers d'autres secteurs s'avère compliquée.

En conclusion des débats, Patrick Itschert, secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats, a plaidé pour un retour de la solidarité en Europe : "la seule voie qui nous permettra de sortir de la crise et de contrer la montée des populismes dans plusieurs États membres." Ce retour passe par l'abandon de l'"austérité aveugle", en faveur d'un plan d'investissement, d'une véritable politique industrielle européenne, et d'une réforme de la fiscalité afin de la rendre plus redistributive.

Video

Video report Monthly Forum 25 April: Benchmarking Working Europe 2014
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