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14 octobre 2019

Combler le fossé entre la science du climat et son acceptation par l’opinion publique

Fin août, le coordinateur de l'association belge pour l'environnement Arbeid & Milieu a contacté l'ETUI pour lui demander s’il était possible de coorganiser une conférence avec la célèbre scientifique canadienne spécialiste du climat Katharine Hayhoe. Nul ne pouvait imaginer qu'elle attirerait un public de plus de 200 personnes. Katharine Hayhoe est directrice du Climate Science Center de la Texas Tech University et auteure principale des deuxième, troisième et quatrième évaluations climatiques nationales des États-Unis.

En plus de ce que ses pairs font habituellement - produire des rapports de recherche et enseigner dans des universités de haut niveau -, Katharine Hayhoe se demande si les résultats de ces recherches atteignent le grand public mais aussi de quelle manière, et quel impact ils ont sur la façon dont les gens pensent et agissent. C'est la raison pour laquelle elle anime la série thématique Global Weirding, qui aborde de manière compréhensible différentes questions liées au changement climatique, à l'aide de courts clips vidéo animés. Son engagement profond dans la transposition de la science du climat en quelque chose qui a un sens pour les gens dans la vie quotidienne a fait d'elle l'une des communicatrices les plus influentes au monde sur le changement climatique. Elle est classée parmi les 100 personnes les plus influentes par le magazine TIME et parmi les 50 leaders les plus importants au monde par le magazine Fortune. En septembre 2019, elle a également reçu le prix Champions of the Earth 2019, qui est le prix environnemental le plus prestigieux au monde décerné par les Nations unies.

A l'ETUI, Katharine Hayhoe a parlé de la manière dont des acteurs tels que les syndicats et les organisations environnementales, qui sont concernés par le changement climatique, devraient communiquer afin de surmonter la polarisation qui existe dans la société sur ce sujet. Selon un sondage réalisé aux États-Unis il y a cinq ans, il s'agissait du deuxième thème le plus controversé. En fait, l'humanité sait que l'homme a un impact sur la planète par ses actions depuis les années 1850 et que le réchauffement climatique est observé depuis 1938. Les constats sont donc là depuis longtemps, mais les recherches montrent qu'il s'agit d'un domaine pour lequel les gens ont tendance à être très sélectifs quant aux informations récoltées qui leur permettent de prouver le bien-fondé de leur opinion. Par exemple, aux États-Unis, les conservateurs ont tendance à ne pas croire qu'il existe des preuves solides que l'activité humaine est à l'origine du réchauffement climatique et il en est exactement l'inverse pour les démocrates.

Dans la deuxième partie de son exposé, Katharine Hayhoe a parlé des mythes les plus persistants invoqués par les climatico-sceptiques, à savoir que les conséquences des politiques de changement climatique vont détruire nos économies et notre qualité de vie, que le changement climatique va nuire aux autres mais pas à nous, que les solutions sont pires que les impacts etc.

Mais que pouvons-nous faire ? La troisième partie de cette conférence très interactive a porté sur les solutions. Les faits à eux seuls ne suffiront pas, " nous devrions plutôt faire le lien entre les points sur lesquels nous sommes d'accord et parler de solutions ", a-t-elle déclaré. Il ne suffit pas de dire aux gens qu'ils ont tort, il faut comprendre ce que les gens trouvent important et commencer notre argumentation à partir de là.

Ludovic Voet, secrétaire confédéral de la CES et responsable de la transition juste, a salué la discussion sur la manière de faire accepter les politiques climatiques par l’opinion publique et de mettre en évidence les obstacles qui existent pour que ces politiques puissent être acceptées. Les travailleurs ont raison de ne pas vouloir voir leur situation matérielle se détériorer et, à cet égard, la fiscalité écologique n'est pas la solution privilégiée. "Pour quelqu'un qui a du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois, c'est trop de lui demander aussi de sauver le monde", a-t-il fait remarquer. Nous devons discuter d'une transition juste, qui est bien plus qu'un fonds, mais aussi des emplois, de la formation, de la requalification, de la démocratie sur le lieu de travail, etc. Les travailleurs doivent être davantage impliqués dans les décisions que prennent les entreprises, le type de produits qu'elles fabriquent, la manière dont les entreprises sont transformées. Ils doivent prendre le temps de réfléchir sur les mesures à prendre. Si nous voulons qu'ils soutiennent les politiques en matière de changement climatique, il est essentiel que les gens participent aux décisions politiques et aux décisions concernant le lieu de travail.

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