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23 mars 2015

Comment briser le consensus d’austérité ?

Conference austerity Galbraith

« La Grèce a montré comment défier le consensus européen d'austérité dominant, offrant ainsi l'espoir d'un avenir meilleur et plus juste », a affirmé James Galbraith. Galbraith, professeur à l'Université du Texas à Austin et conseiller économique informel auprès du ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, a déclaré à la conférence de l’ETUI sur les alternatives à l'austérité à Bruxelles le 20 mars dernier que la Grèce pourrait stimuler le changement à travers l'Europe.

« Une chose en entraîne une autre. Si par conséquent la survie d'un modèle alternatif en Grèce mène à quelque chose en Espagne, qui sait où celui-ci pourrait conduire? », a-t-il affirmé. « Il y a un esprit de dignité à Athènes qui vaut beaucoup plus que l'argent. Et c’est un esprit qui est contagieux, et qui peut être ressenti en Espagne, au Portugal et en Irlande ».

Cependant, l'Europe aura du mal à surmonter les tensions au sein de la monnaie unique si elle ne parvient pas à réduire les divergences de salaires, a mis en garde l’économiste allemand Heiner Flassbeck. Flassbeck, ancien secrétaire d'Etat au ministère fédéral allemand des Finances, a déclaré qu’en poursuivant une politique de bas salaires, l'Allemagne vivait en dessous de ses moyens, en sorte qu’il y a maintenant un différentiel salarial de 20% entre l'Allemagne et la France. « Si cet écart persiste, alors l'union monétaire ne pourra pas continuer », a-t-il affirmé. Flassbeck a néanmoins mis en garde contre une réduction des salaires. « Elle serait stupide et insensée car cela détruirait le reste de l'économie française », a-t-il souligné. « C’est ce qui se passe en Grèce. La réduction des salaires est bien pire que l'austérité ».

Alors que l'austérité a été dévastatrice, le défi maintenant consiste à surmonter ses effets avec les moyens disponibles, a déclaré Steven Tobin, économiste en chef auprès du Département de recherche de l'Organisation internationale du Travail.

Tobin a déclaré que ce qu’on retient principalement de la crise, c’est le taux de chômage à long terme car 12 millions de personnes en Europe ont été demandeuses d’emploi pendant plus d'un an. Tobin a accueilli favorablement le Plan d'investissements pour l'Europe présenté par le président de la Commission Jean-Claude Juncker en novembre dernier, mais a averti qu'il n’était pas suffisant, et qu’il aurait dû inclure des politiques actives du marché du travail pour les groupes vulnérables.

Les politiques environnementales sont menacées par la crise économique car les intérêts financiers tirent parti de cette situation, a précisé Benjamin Coriat, professeur d'économie à l'Université Paris 13. Il a averti que de nouveaux instruments financiers, à risque, avaient été mis en place pour faire face au changement climatique. « Laisser le marché s’occuper du changement climatique a conduit à une situation dans laquelle une tonne de carbone coûte désormais le même prix qu’un paquet de cigarettes. En revanche, la spéculation et la corruption sur le marché du carbone ont enrichi beaucoup de personnes ». Il a appelé à de nouvelles mesures pour faciliter la transition socio-écologique et a demandé davantage de progression dans l’imposition et de taxes sur la spéculation du marché et sur le carbone afin de financer cette transition.

Si les arguments contre l'austérité remportent l’adhésion, les opposants ont encore une tâche énorme devant eux, a mis en garde Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats. « Ce qui m’impressionne et m’attriste à la fois, c’est que ces arguments percutants que nous avons défendus pendant des années n’ont pas encore fait leur chemin vers les pouvoirs en place dans la zone euro » a-t-elle souligné. « Nous avons énormément de choses à faire pour montrer que nous sommes tous dans le même bateau ».

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