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28 juin 2016

De la vision de demain aux actions syndicales d'aujourd'hui - Jour 1 de la conférence « Façonner le nouveau monde du travail »

conference shaping the new world of work

Les syndicats doivent être étroitement associés à l'évolution d'une nouvelle économie mondiale axée sur l’action pour le climat et basée sur la connectivité d’internet et les nouvelles technologies. Le célèbre économiste américain et conseiller de dirigeants de gouvernement, Jeremy Rifkin, a exposé sa vision de la troisième révolution industrielle à la conférence « Façonner le nouveau monde du travail » d’une durée de trois jours (du 27 au 29 juin), organisée à Bruxelles par l'Institut syndical européen (ETUI).

En utilisant l'internet des objets pour créer une « plate-forme numérique planétaire» qui permette de relier les formes de communication, l'énergie et les transports et qui suscite des innovations allant des voitures sans conducteur aux coopératives d'énergie, l'humanité pourra relever les défis liés aux inégalités croissantes et aux changements climatiques de plus en plus sensibles, a déclaré Jeremy Rifkin à un public de plusieurs centaines de participants.

L'énergie éolienne et solaire pourrait créer 23 millions d'emplois dans la construction et 17,5 millions de postes opérationnels en 35 ans, dépassant de 3 millions le nombre d'emplois susceptibles d'être perdus dans les industries fondées sur les combustibles fossiles.

« Mais, c’est un défi de taille. Je ne suis pas un partisan du déterminisme technologique, et je ne suis pas un optimiste », a admis le professeur Rifkin. Celui-ci est toutefois « d’un optimisme prudent » en raison de l'évolution des mentalités chez les jeunes, qui voient l'accès aux services - tels que le partage des voitures et les médias sociaux - comme plus important que de posséder des produits. La croissance rapide de l'économie de partage, avec de plus en plus de biens et de services disponibles à un coût marginal zéro, se traduira par une remise en question de la notion de revenu, a avancé Jeremy Rifkin.

« Les dirigeants syndicaux doivent être à la table des négociations », a déclaré l’économiste. « Le mouvement syndical défend l’équité sociale. Il s’agit d’une révolution de rupture, et les syndicats devraient être à sa tête.

En réponse à Jeremy Rifkin, Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), a insisté sur la nécessité d'une « transition juste » vers l'économie numérique afin d'éviter que les travailleurs perdent leur emploi.

Les intervenants à la séance plénière d'ouverture ont admis que les nouvelles technologies et la digitalisation en elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais que la façon dont elles seront utilisées ou réglementées permettra de déterminer si elles amélioreront la vie des travailleurs européens, ou si elles généreront une plus grande insécurité et un creusement des inégalités. Les nouvelles technologies ont le potentiel non seulement de créer des emplois, mais aussi de les détruire, et les avantages ne pourront être répartis de façon égale. Certains experts estiment que 47% des emplois aux États-Unis pourraient être automatisés au cours des 40 prochaines années, a averti Jeffrey Franks, directeur du Bureau européen du FMI.

L'accent a par conséquent été mis sur ce que les syndicats, les employeurs et les gouvernements devraient faire pour faciliter la transition vers un marché du travail digitalisé, car le dialogue est crucial. Essayer d'arrêter l'innovation ne portera pas ses fruits ; l'adaptation est une meilleure stratégie que la résistance, a déclaré Jeffrey Franks.

Concernant les débats qui ont eu lieu sous différents angles et avec des participants de différentes organisations, certains des orateurs étaient plus optimistes que d'autres. Mais tous étaient d’accord pour rejeter le « déterminisme technologique ». « Il s’agit ici d’une discussion à propos des stratégies politiques », a insisté le directeur général de l'Organisation internationale du Travail (OIT), Guy Ryder. « Les mégamoteurs du changement ne peuvent être réduits simplement à la technologie. »

Mark Keese, chef de la Division de l’analyse et des politiques de l’emploi de l’OCDE, a identifié certaines de ces mégatendances telles que la mondialisation, le changement climatique, la population vieillissante et les événements politiques imprévus. Quatre jours seulement après le référendum au Royaume-Uni, tous les participants au panel avaient clairement le Brexit en tête, ce qui a incité Guy Ryder à mettre en garde contre les prédictions sur l'avenir. «Vous risquez d’avoir tort » a-t-il averti.

La commissaire européenne à l'emploi, Marianne Thyssen, a déclaré que la décision du Royaume-Uni ne laissait aucune place pour le « business as usual », ce qui rend plus nécessaire que jamais que les 27 États membres restants travaillent ensemble pour renforcer l'UE. « La question de la manière de façonner le monde du travail est très pertinente. Comment pourrons-nous offrir aux gens des conditions de travail équitables et une protection sociale adéquate? »

Marianne Thyssen a reconnu que beaucoup de gens craignent que la « transformation fondamentale du monde du travail » entraîne une spirale à la baisse des conditions de travail. La Commission européenne espère lutter contre cette menace grâce à son nouveau socle des droits sociaux en mettant l'accent sur l'éducation et l'emploi, les conditions de travail et la protection sociale et en visant la convergence vers le haut en ce qui concerne les normes. Les syndicats doivent être impliqués dans le développement d'un marché du travail numérique avec des lieux de travail plus inclusifs, un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle et une amélioration des conditions de travail, a conclu la commissaire.

Guy Ryder a attaqué les « politiques erronées » des 20 dernières années qui ont généré des inégalités massives et une jeune génération qui a peur pour l'avenir. « Nous devons prendre une direction différente », a-t-il déclaré. « Nous savons tous que les inégalités ont atteint des niveaux inacceptables, mais nous continuons à appliquer des politiques qui les accroîtront à l'avenir ». Les intervenants ont convenu que les investissements en matière d'éducation et de formation tout au long de la vie pour permettre aux travailleurs de faire face à de nouvelles tâches seront cruciaux. Les investissements constituent un défi majeur non seulement au niveau de l'éducation, mais aussi dans des secteurs durables où le marché à lui seul ne suffit pas.

Interrogés sur l'impact spécifique des nouvelles technologies sur les femmes, les intervenants ont pointé les avantages potentiels d'une plus grande flexibilité. « Mais ce n’est pas inéluctable. Nous devons faire bouger les choses », a mis en évidence Jeffrey Franks.

Thomas Händel, Président de la Commission de l'emploi du Parlement européen (EMPL), a réitéré l'appel aux syndicats « à se positionner pour avoir un impact sur le débat politique ». La participation des travailleurs devrait être renforcée, et la législation est nécessaire pour garantir la protection sociale et un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle.

Interrogé sur ce qu’une politique unique contribuerait à relever le défi des nouvelles méthodes de travail, Jeffrey Franks a proposé de protéger les travailleurs plutôt que les emplois. « Renforçons le dialogue et la négociation collective», a déclaré Guy Ryder, tandis que Mark Keese a appelé au développement de la formation à la fois pour fournir aux jeunes les compétences nécessaires pour des futurs emplois et relever les compétences des travailleurs, ainsi qu’au renforcement de la protection sociale pendant les périodes de transition.

Selon Mark Keese, l'économie de plates-formes représente un retour vers le passé, un retour à un modèle de la tâche et de la main-d'œuvre à la demande. Luca Visentini a repris cette problématique et a déclaré : « Nous devons faire la distinction entre les innovations réelles et fausses ». « Uber, par exemple, représente tout simplement un capitalisme caduc qui utilise les nouvelles technologies pour exploiter les travailleurs. En tant que syndicalistes, nous devons lutter contre ce phénomène, et nous n'avons pas besoin de nouveaux outils pour le faire ».

Néanmoins, d'autres phénomènes peuvent nécessiter une approche différente. Les travailleurs indépendants dans les secteurs créatifs, par exemple, ont également véritablement besoin de protection. Dans les pays nordiques, les syndicats ont conclu des accords-cadres qui peuvent être adaptées aux besoins des travailleurs indépendants. « Nous avons besoin d'un nouveau type de syndicalisme pour faire face à ces défis de l'avenir », a conclu Luca Visentini.

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