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4 novembre 2019

Démocratiser l'économie : une solution aux inégalités, à la concentration des richesses et au changement climatique

Quelle est la cause commune de l'aggravation des inégalités, de la concentration de la propriété du capital et des dommages climatiques, qui sont les trois principaux problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui ? Selon Ewan McGaughey, maître de conférences au King's College de Londres, c'est le fait que les voix de l’économie (sur la gestion des entreprises, les investissements, etc.) sont contrôlées par les banques et les gestionnaires de fortune. Le remède à ce problème est donc de démocratiser l'économie, comme nous l'avons fait avec le système politique. Comme Ewan McGaughey l'a déclaré dans sa présentation lors d'un déjeuner-débat de l'ETUI le 28 octobre, « au lieu d’une personne, une voix, dans le système économique, il faut un euro, une voix ».

Ewan McGaughey a commencé son exposé en présentant des chiffres du Royaume-Uni et des États-Unis sur la relation entre l'affiliation syndicale et les inégalités de revenus, qui montrent que les augmentations de ces dernières reflètent un déclin de l’adhésion syndicale. Il en est ainsi dans les pays où les syndicats représentent le seul canal d'expression des travailleurs dans l'économie, comme l'Italie, le Danemark, la Suède, l'Australie et le Canada, mais aussi en France qui est dotée d’un système de relations professionnelles différent. Dans les pays disposant de lois solides sur la codétermination comme l'Allemagne et, dans une moindre mesure, les Pays-Bas, ces lois préservent les inégalités contre les variations du taux de syndicalisation et les rendent plutôt tributaires de qui siège au sein du gouvernement. Ewan McGaughey a ensuite montré comment, depuis les années 1990, le capital des travailleurs au Royaume-Uni a commencé à fléchir du fait des attaques continues contre les dispositions des conventions collectives. De même, aux États-Unis, depuis la Tax Reform Act de la fin des années 1980, les fonds de pension individuels sont désormais gérés par trois grandes sociétés de gestion d'actifs (BlackRock, State Street et Vanguard). Dans le système allemand dominé par les banques, trois d’entre elles (Deutsche Bank, Commerzbank et UniCredit) ont pris " le contrôle " et détiennent désormais 60% des voix. Tout cela signifie qu’un noyau de personnes (il y a par exemple moins de 50 personnes qui travaillent dans les départements de gouvernance d'entreprise des trois sociétés de gestion d'actifs américaines) prennent des décisions sur l'utilisation de l'argent d'autres personnes et que leurs décisions vont principalement à l'encontre de ce que les syndicats revendiquent. Des recherches ont montré qu'elles soutiennent l'augmentation de la rémunération des administrateurs, s'opposent à des salaires équitables et ne luttent pas contre le réchauffement climatique et l'écart entre les genres. Même si des instructions spécifiques sont données par les détenteurs de l'argent, elles sont généralement ignorées.

La solution à cette situation est, selon Ewan McGaughey, d'examiner les limites des lois existantes et de proposer une nouvelle législation. Au Royaume-Uni, le Manifeste pour le droit du travail de 2016 proposait des votes des travailleurs et une réforme des retraites, et a été adopté par le Parti travailliste et les Verts. Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank de 2010 a interdit aux "banques de courtage" de voter (mais pas aux gestionnaires de fortune). Deux des principaux candidats à la présidence des États-Unis, Elisabeth Warren et Bernie Sanders, sont maintenant en concurrence pour aboutir à une proposition plus radicale en matière de responsabilité des entreprises et de démocratie. Ewan McGaughey a également formulé une proposition en faveur d'une directive européenne sur la démocratie économique 2020 qui, entre autres, donnerait aux travailleurs le droit de voter aux réunions, le droit d'élire au moins deux administrateurs et le droit d'empêcher les banques et les gestionnaires de fortune de voter en absence d’instructions spécifiques.

Sara Lafuente, chercheure de l'ETUI qui travaille sur le thème de la démocratie sur le lieu de travail, a salué ces propositions, qui arrivent à point nommé. Elle a souligné que "le diable est dans les détails". Dans l'UE, nous avons tendance à penser en vase clos ; nous pourrions apprendre beaucoup des États-Unis où les candidats à la présidence sont très désireux d'aborder tous les aspects de cette question à travers des changements des politiques publiques. Sara Lafuente a été quelque peu sceptique à l'idée de privilégier trop fortement les arguments purement économiques dans le cadre de la participation des travailleurs. A l'ETUI, cette dernière et ses collègues ont développé de nombreux arguments politiques, qui peuvent être trouvés dans un chapitre consacré à ce sujet dans le dernier rapport Benchmarking Working Europe

Isabelle Schömann, secrétaire confédérale de la CES en charge de la participation des travailleurs, a également partagé cette vision de porter les travailleurs au même niveau que les actionnaires et de renforcer leur participation aux décisions économiques et financières. La CES a essayé de faire pression pour de telles réformes par le biais du paquet mobilité des entreprises mais, selon Isabelle Schömann, ces initiatives ont été "déconstruites lors du Conseil européen". En fait, quelques éléments de la proposition de Ewan McGaughey en faveur d’une directive sur la démocratie économique existent déjà dans les propositions de la CES en faveur de la démocratie sur le lieu de travail. Mais, a déclaré Isabelle Schömann, "nous devons sortir du cadre "social" et nous intéresser à la finance et aux investissements, à la gouvernance économique et à la législation sur les sociétés". Elle a appelé à ne pas oublier que la crise a déclenché de nombreuses mesures de dérégulation en matière de négociation collective.

Télécharger ici la présentation de Ewan McGaughey et sa proposition de directive

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