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6 mars 2015

Femmes, santé et travail : en quête de visibilité

La conférence "Femmes, santé et travail", organisée par l'ETUI du 4 au 6 mars à Bruxelles, a montré combien restait cahoteux le chemin vers l'égalité des droits entre les hommes et les femmes sur le lieu de travail. L'invisibilité des risques spécifiques pour la santé des femmes liés aux modes d'organisation du travail constitue un obstacle majeur sur cette route. La permanence de la ségrégation sexuelle du travail et des stéréotypes sexistes renforce le statu quo.

Colette Fagan a présenté les principaux résultats de l'enquête européenne sur les conditions de travail, menée tous les cinq ans par la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail. La sociologue de l'université de Manchester a montré la persistance du phénomène de ségrégation professionnelle en fonction du genre. En 2010, 69 % des postes de direction restaient occupés par des hommes, alors que 67 % des salariés des secteurs de la vente et des services étaient des femmes.

Le travail à temps réduit (moins de 30 heures par semaine) reste l'apanage des femmes. Plus de 30 % des salariées européennes sont concernées, contre seulement 7 % des salariés. Si à ce temps de travail rémunéré, l'on ajoute le temps de transport pour se rendre à son travail et surtout le temps de travail non rémunéré (soins aux enfants, tâches domestiques, etc.), la semaine de travail d'une femme avec des enfants monte à 70 heures. Aucune catégorie d'homme (en couple, célibataire avec enfants, etc.) n'atteint un tel volume de travail.

L'enquête montre que les femmes ne sont pas épargnées par les risques physiques. Elles sont tout autant concernées par le travail debout, dans des positions douloureuses ou fatigantes, et impliquant des mouvements répétitifs. Elles doivent bien plus souvent lever et déplacer des personnes que les hommes. Ces facteurs de risques contribuent fortement à l'apparition de troubles musculosquelettiques chez les femmes. Elles se plaignent d'ailleurs plus que les hommes de douleurs au niveau des épaules, du cou et des membres supérieurs. Elles sont également plus nombreuses à considérer leur état de santé général comme médiocre et leur santé mentale menacée.

Le thème de la santé mentale a également été au cœur de la présentation de la juriste Katherine Lippel. Chercheuse à l'université d'Ottawa, elle a coordonné une enquête sur les conditions de travail, d’emploi et de santé et de sécurité du travail au Québec. Cette enquête a montré que les travailleuses étaient plus exposées au harcèlement psychologique au travail que les hommes (17 % vs 13 %). Ce phénomène de violence psychologique est particulièrement répandu dans les secteurs de la santé et des services sociaux. Alors qu'un niveau d'instruction élevé joue un rôle protecteur pour les salariés, un tel phénomène n'est absolument pas observé chez les femmes. Les diplômées sont tout autant exposées à la violence psychologique sur leur lieu de travail que les femmes ayant un plus faible niveau d'instruction. "Le sexisme est plus fort que la classe sociale", résume Mme Lippel.

La chercheuse a également mis en évidence le caractère manifestement discriminant du système de reconnaissance des maladies professionnelles au Québec. Il est extrêmement compliqué pour les travailleuses souffrant d'un cancer de faire reconnaître l'origine professionnelle de leur maladie. Katherine Lippel a cité l'exemple d'une travailleuse de l'industrie de l'aluminium dont le cancer de la vessie a été attribué au fait que son compagnon fumait alors qu'un détail de cette nature était totalement absent des dossiers de ses collègues hommes également touchés par ce cancer.

Elke Schneider, de l'Agence européenne pour la santé et sécurité au travail, a également insisté sur l'invisibilité de l'exposition des femmes aux risques biologiques et chimiques. "L'exposition des femmes aux substances dangereuses reste largement inexplorée", a-t-elle déclaré.

Lucia Artazcoz, de l'agence de santé publique de Barcelone, a pour sa part insisté sur l'impact de la classe sociale sur l'état de santé des femmes. Plus une femme se trouve dans une situation de vulnérabilité économique, plus elle risque d'être confrontée à des conditions de travail délétères, à des horaires inconfortables, à des exigences abusives de la part de son employeur. La situation des travailleuses manuelles est particulièrement préoccupante, surtout pour celles ayant une famille nombreuse. La crise a encore renforcé ces inégalités sociales de santé.

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