European Trade Union Institute, ETUI.

Accueil > About Etui > Actualités > France : un état des lieux sur la santé au travail des sa...

Actualités

28 octobre 2019

France : un état des lieux sur la santé au travail des sapeurs-pompiers

Pompiers

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a publié un rapport faisant une synthèse des connaissances concernant la santé au travail des sapeurs-pompiers.

Le récent incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol à Rouen (23 septembre 2019) montre à quel point les risques liés à l’activité des pompiers sont souvent négligés. Alors qu'il s'agissait d'une entreprise Seveso de seuil haut, quelque 900 pompiers ont dû intervenir avec des moyens de protection insuffisants. Selon des informations publiées par le quotidien « Le Monde » le 16 octobre 2019, certains pompiers ont obtenu des analyses biologiques réalisées après l’intervention. Pour au moins une dizaine d’entre eux, les bilans sanguins font apparaître des résultats anormaux pour le foie, avec des niveaux de transaminases trois fois supérieurs à la normale, ainsi que des perturbations au niveau de la fonction rénale.

Le rapport de l’ANSES indique qu’au quotidien, les pompiers sont exposés à une multitude de facteurs de risque : exposition à des substances chimiques généralement issues des produits de combustion lors des feux, à des agents biologiques ou encore physiques. Ils sont également confrontés à des contraintes organisationnelles, comme le travail en horaires décalés, et psychosociales, incluant une exposition aux violences. L’Anses dresse un état des lieux sur la question des risques sanitaires liés aux activités des sapeurs-pompiers et fait le point sur les mesures de prévention. 

Pour rédiger ce rapport, l’ANSES a organisé une consultation internationale permettant de partager les connaissances d’institutions chargées de la santé au travail dans différents pays. Neuf organismes différents ont contribué à cette enquête : aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, en Finlande, en Norvège, au Canada et au Royaume-Uni.

Le rapport ne se limite pas à faire le point des connaissances sur les risques, il formule également des recommandations destinées à améliorer la prévention et il identifie les domaines dans lesquels il est indispensable de recueillir des données plus systématiques. On y trouve ainsi une synthèse des mesures de prévention préconisées en France et dans les autres pays qui ont pris part à l’enquête. 

L’ANSES relève que les mesures de prévention actuelles concernant le risque chimique sont essentiellement centrées sur la phase active de la lutte contre l’incendie. Or le risque d’exposition à des émanations toxiques est toujours présent même lorsque l’incendie est éteint, pendant les phases de surveillance, d’enquête, de déblai et y compris lors du retour en caserne, par la contamination des équipements, du matériel ou des véhicules, par les suies et les eaux d’extinction. La prise en compte des risques chroniques devrait être renforcée.

En ce qui concerne les risques psychosociaux, l’Agence constate que certains pompiers s’engagent pour une activité principalement liée à la lutte contre l’incendie et vivent mal la réalité du métier, où la majorité des interventions correspond à du secours d’urgence aux personnes. Ce décalage dans la perception du métier peut conduire à une certaine souffrance au travail. 

L’Agence recommande la mise en place d’une base de données permettant de centraliser les données de surveillance médicale des sapeurs-pompiers professionnels, militaires et volontaires, ainsi que le suivi de leurs activités, qui permettrait d’améliorer les connaissances sur la santé des sapeurs-pompiers français, la traçabilité des expositions et d’identifier les activités les plus « à risques ». Il est important que cette base de données puisse intégrer le cumul des différentes activités des sapeurs-pompiers professionnels exerçant également des activités de sapeurs-pompiers volontaires lorsque c’est le cas.

Enfin, l’Agence recommande également de s’assurer de la mise en place effective d’un suivi médical post-professionnel des sapeurs-pompiers afin de mieux prévenir les risques à plus long terme après la cessation de leurs activités.

(Source: communiqué et rapport de l' ANSES)

Lire le rapport de l'ANSES

Crédit photo : Adobe Stock

Newsletter : Si vous désirez recevoir une fois par mois un résumé de l’actualité concernant la santé et la sécurité au travail, abonnez-vous gratuitement à la newsletter bilingue (français et anglais) HesaMail.

Toutes les actualités