European Trade Union Institute, ETUI.

Accueil > L'ETUI > Actualités > L’emploi est en hausse dans l’UE… mais au-delà des statis...

Actualités

28 mars 2019

L’emploi est en hausse dans l’UE… mais au-delà des statistiques qui font les grands titres, Benchmarking Working Europe examine la réalité que vive...

La bonne tenue de la croissance économique en Europe et la création d’emplois qui l’accompagne dissimulent des problèmes structurels profonds et un marché du travail de plus en plus divisé. Telles sont quelques-unes des principales conclusions de l’édition 2019 de Benchmarking Working Europe, que l’ETUI a officiellement présenté à Bruxelles, lors d’un événement organisé le 26 mars. Depuis sa première édition, en 2000, le rapport analyse des évolutions socio-économiques dans l’Union européenne ; cette année, il s’est posé la question : que faut-il faire pour avoir une UE qui œuvre pour les travailleurs ?

Dans sa présentation du rapport, Maria Jepsen, qui dirige le département de recherche de l’ETUI, a souligné les incertitudes économiques et politiques auxquelles l’Europe est confrontée, et notamment les prévisions faisant état d’un ralentissement de la croissance. Elle a mis en évidence la nécessité de tenir compte des nuances, au-delà des données brutes. Les indicateurs positifs sur la croissance et l’emploi dans l’UE, qui font les grands titres, masquent des disparités considérables entre l’Europe du Nord-Ouest, de l’Est et du Sud, en termes d’évolution des salaires et de concentration des créations d’emplois dans des secteurs particuliers. En outre, si les niveaux d’emploi dans l’UE sont en hausse, les statistiques montrent que le travail à temps partiel représente une part considérable de cette progression. Or une grande partie de la législation sur la protection de l’emploi est axée sur l’emploi à temps plein.

Autre élément qui masque la véritable situation du travail en Europe : le fait que la classification du travail devient de plus en plus floue, selon Adi Buxbaum, expert au sein de l’unité de politique sociale de la Chambre fédérale du travail, en Autriche. À l’aide de 2 boîtes en carton, l’une marquée « personnes ayant un emploi », l’autre « personnes sans emploi », Buxbaum a demandé au public comment il classerait les individus concernés dans différents scénarios. Dans quelle boîte, par exemple, faut-il ranger le cas d’une personne qui n’a travaillé qu’une heure sur toute une semaine ? Officiellement, elle devrait être classée comme « personne ayant un emploi » mais, comme l’a souligné Buxbaum, « les statistiques ne reflètent pas toujours ce qui se passe dans le monde réel. »

« Ce qui est important, » a rappelé Maria Jepsen, « c’est de savoir comment nous sommes préparés pour l’avenir ». Le problème à cet égard, selon Luca Visentini, secrétaire général de la CES, c’est « l’incroyable carence des investissements » dans l’UE. Pour avoir une création d’emplois, a-t-il soutenu, au moins 2 % du PIB européen devrait aller dans les investissements publics. C’est aussi une question d’environnement. Un graphique tiré du rapport, et évoqué par différents orateurs, a tout particulièrement montré comment l’investissement dans l’UE dans les énergies propres a baissé depuis 2016 et se trouve aujourd’hui au même niveau qu’aux États-Unis, et donc aussi très en dessous du niveau observé en Chine. Comme l’a déclaré Philippe Pochet, directeur général de l’ETUI : « Il est temps de placer le changement climatique en tête de l’agenda des syndicats. »

Luca Visentini voit dans les salaires le deuxième grand défi à relever : dans plusieurs pays, ils n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2008. La négociation collective représente un outil essentiel dans la lutte pour de meilleurs salaires et pour faire en sorte qu’ils accompagnent la croissance économique. Toutefois, comme l’a fait remarquer Sotiria Theodoropoulou, qui dirige l’unité Politiques économiques, sociales et de l’emploi de l’ETUI, ce quoi nous assistons plutôt, c’est à un découplage entre la productivité du travail et les salaires réels. Une telle évolution trouve sa cause essentielle, a-t-elle soutenu, dans les choix politiques faits durant des décennies et qui se sont traduits par un affaiblissement du pouvoir de négociation des travailleurs. Sotiria Theodoropoulou a également mis en cause l’arbitrage rendu entre productivité et inégalité et suite auquel des objectifs économiques, comme une faible inflation, ont prévalu sur la défense de l’emploi. Il s’agit d’une question qui, a-t-elle déclaré, « a été escamotée au niveau politique mais qui doit absolument revenir dans le débat ».

Réagissant à ces préoccupations, Ruth Paserman, directrice adjointe du cabinet de la Commissaire Marianne Thyssen (Emploi, affaires sociales, compétences et mobilité des travailleur), a souligné le travail accompli par cette Commission dans le domaine social, avec notamment la mise en place du Socle européen des droits sociaux, l’annonce de la création d’une Autorité européenne du travail et l’adoption de meilleurs droits pour les travailleurs précaires. « Nous allons vers un marché du travail plus flexible et nous devons tenir compte de cette réalité, » a affirmé Ruth Paserman. « Cependant, il doit également être possible qu’aujourd’hui, dans cette ère numérique, la sécurité sociale couvre chaque heure de travail effectuée. »

Même si Ruth Paserman a évoqué les pouvoirs limités de la Commission sur certaines questions en matière d’emploi, en raison de l’autonomie des partenaires sociaux, Luca Visentini a plaidé pour l’adoption d’une directive-cadre au niveau européen pour promouvoir activement la négociation collective qui, dit-il, est en voie de démantèlement en Europe et qui a même été complètement anéantie dans certains pays. Maria Jepsen, pour sa part, a relevé que le pouvoir d’agir des travailleurs concernait aussi la mise en œuvre de davantage de démocratie au travail, qui, comme on a pu l’établir, favorise un plus grand engagement en faveur de la démocratie civique. Wolfgang Katzian, Président de la Confédération autrichienne des syndicats (ÖGB), a salué le rapport Benchmarking, qui fournit au syndicat des informations essentielles pour les aider à atteindre leurs objectifs communs. « Une chose est très claire, » a-t-il proclamé : « nous devons avoir une Europe sociale. »

Crédits photographiques : Julie de Bellaing

Toutes les actualités

Photos

  • Wolfgang Katzian, President of the Austrian Trade Union Federation (ÖGB)

    Wolfgang Katzian, President of the Austrian Trade Union Federation (ÖGB)

  • Adi Buxbaum, senior expert in the Social Policy Unit at the Austrian Federal Chamber of Labour.

    Adi Buxbaum, senior expert in the Social Policy Unit at the Austrian Federal Chamber of Labour.

  • Maria Jepsen, Director of the ETUI’s Research Department

    Maria Jepsen, Director of the ETUI’s Research Department

  • Philippe Pochet, ETUI General Director

    Philippe Pochet, ETUI General Director

  • Sotiria Theodoropoulou, head of the ETUI’s Economic, Employment and Social Policies Unit

    Sotiria Theodoropoulou, head of the ETUI’s Economic, Employment and Social Policies Unit

  • Ruth Paserman, Deputy Head of Cabinet of Commissioner Marianne Thyssen and Luca Visentini, General Secretary of the ETUC

    Ruth Paserman, Deputy Head of Cabinet of Commissioner Marianne Thyssen and Luca Visentini, General Secretary of the ETUC

Liens associés

Evénements

Publications associées