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20 mai 2019

La lutte pour reconquérir les nouvelles générations auprès des syndicats.

couverture policy brief

De nombreux observateurs extérieurs ont commenté la crise de l'affiliation syndicale qui frappe les syndicats en Europe, après des décennies de crises économiques et financières qui ont fragilisé leur position sur le marché du travail. Aujourd'hui, les syndicats eux-mêmes tentent de déterminer le défi auquel ils sont confrontés.

Un nouveau rapport publié par Kurt Vandaele fait le point sur le déclin de l’affiliation syndicale en Europe depuis 2000. Certes, les résultats semblent indiquer des perspectives plutôt sombres pour de nombreuses organisations de travailleurs, comme en témoignent le recul du nombre d’adhérents dans 24 des 32 pays européens étudiés, la baisse continue de la densité syndicale et l’augmentation de l’âge moyen des affiliés. 

Mais pour lutter contre l'inévitable pessimisme qui pèse sur l'avenir des syndicats, il faut souligner qu'il existe des tendances positives dans des pays comme l'Islande, l'Italie, la Norvège, Malte, la Belgique ou le Luxembourg, où une forte augmentation du nombre d’affiliés a été enregistrée. Que se passe-t-il dans ces pays pour expliquer ces résultats positifs inattendus ? Quelles stratégies ont été déployées pour contrer la baisse du nombre d’affiliés qui a affecté le taux de syndicalisation ?

De toute évidence, il n'existe pas de réponse unique à ces questions, ni de stratégie identifiable pour relever ces défis. Mais un nouveau policy brief de l’ETUI nous laisse espérer un plus grand engagement de la part des jeunes travailleurs. Ce rapport analyse la participation des jeunes travailleurs au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et aux États-Unis et souligne que les nouvelles générations " ne sont pas idéologiquement opposées aux syndicats, mais plutôt peu informées ou non conscientes du rôle des syndicats et du mouvement syndical en général ". Il met en évidence toute une série de nouvelles recommandations importantes pour nouer le dialogue avec la nouvelle génération : être plus inclusif en portant à 35 ans la limite d'âge pour être considéré comme " jeune travailleur " ; adapter et modifier la structure et les pratiques syndicales traditionnelles pour permettre aux jeunes d'innover et de créer leurs propres espaces ; soutenir les structures non traditionnelles qui participent à une action collective ; soutenir et participer à un mouvement pour plus de justice sociale qui est au cœur des valeurs de la jeune génération.

L'expérience "Perspective U35" lancée à Stuttgart par Ver.di est un exemple concret d'espace novateur et dédié aux jeunes syndicalistes au sein d’une grande confédération allemande. "Les jeunes de Ver.di ont souvent eu l'impression qu'ils n'avaient pas le temps de formuler des suggestions ou d'essayer de nouvelles idées en raison du travail fastidieux des comités. Cette expérience a été proposée comme moyen de permettre aux jeunes travailleurs d'essayer de nouvelles idées et stratégies" et visiblement, cette expérience est rapidement devenue un succès pour le mouvement syndical allemand.

Mais pourquoi la question de l’affiliation est-elle la principale préoccupation des dirigeants syndicaux actuels ? "Les mouvements syndicaux demeurent essentiels à la survie et au renouveau des sociétés démocratiques. Ils ont toutefois besoin de jeunes affiliés et militants, non seulement pour revitaliser la base syndicale, mais aussi pour leur potentiel de transformation et d'expérimentation", ont déclaré les chercheurs de l'ETUI. Cela élargit la question de la survie des syndicats à un débat plus vaste sur le renouveau des sociétés démocratiques qui, après tout, est l'une des principales préoccupations de nos citoyens aujourd'hui. A la veille des grandes élections européennes de mai 2019, pourquoi les citoyens se sentent-ils encore éloignés du fonctionnement de nos structures démocratiques ? Certes, la complexité est souvent difficile à gérer pour notre esprit (qui se souvient encore du théorème de Pythagore ?), mais la simplicité n'est pas non plus la bonne façon de traiter ces questions.

Il est possible que les attitudes des travailleurs et leur propension à s'engager dans une action collective soient liées à leurs caractéristiques démographiques et socio-économiques et à leurs expériences de qualité de l'emploi ? Cette hypothèse a été analysée dans un récent working paper portant sur les conditions de travail des livreurs de Deliveroo en Belgique. Les plates-formes de travail numériques - comme la plate-forme Deliveroo de livraison de repas à domicile - peuvent être une nouvelle forme d'emploi pour les jeunes générations, mais cette nouvelle forme de travail offre de nouvelles opportunités et incitants aux travailleurs pour s'organiser collectivement. Ce rapport, basé sur une étude de cas belge, propose une toute nouvelle stratégie pour les syndicats en vue de recruter les travailleurs des plates-formes. Il explique comment les livreurs de Deliveroo se sont mobilisés contre la résiliation de leur contrat et décrit la création d'un collectif de coursiers avec l'appui des syndicats établis depuis longtemps. Il fournit également des informations sur les caractéristiques notamment démographiques des jeunes travailleurs, y compris leur attitude à l'égard de la syndicalisation, sur la qualité de l'emploi et les conditions de travail. Le rapport se termine par un commentaire sur le contexte du marché du travail qui façonne la propension des travailleurs à se syndiquer.

En se basant sur ces constats, des syndicats inclusifs peuvent construire un nouveau discours pour contrer le déclin de l’affiliation syndicale et reconstruire des organisations fortes pour mieux soutenir le renouveau de nos sociétés démocratiques.

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