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20 juillet 2016

La naïveté n'est pas de mise quand on négocie le "nouveau monde du travail"

L'émergence d'un "nouveau monde du travail" interfère avec les formes traditionnelles d'organisation du travail. Il y a un risque manifeste pour le mouvement des travailleurs de perdre tout contrôle sur des enjeux aussi cruciaux que le temps de travail et l'organisation du travail. Les systèmes traditionnels de négociation collective restent-ils l'outil approprié pour réguler le "nouveau monde du travail" ? Il s'agissait pour les syndicats d'une des questions les plus épineuses à l'ordre du jour de la conférence Façonner le nouveau monde du travail, organisée par l'ETUI en juin dernier à Bruxelles.

"La numérisation est directement liée au processus de rationalisation capitaliste. Ses principes moteurs sont la réduction des coûts et la maximisation des profits, mais certainement pas de rendre les travailleurs heureux ou d'améliorer leurs conditions de travail", a déclaré Thorsten Schulten dans son introduction au panel de discussion sur le sujet auquel ont pris part d'autres experts, des représentants des organisations de travailleurs et d'employeurs.

Les paroles fortes du chercheur de la Fondation Hans-Böckler sur la "nature" de digitalisation ont eu pour effet de donner un cadre clair au débat qui allait suivre. Sa consœur Anna Ilsøe, professeur à l'Université de Copenhague, a également souligné la nécessité de de se départir de toute "naïveté" lors des négociations avec les principaux acteurs de l'économie numérique.

Alors que les employeurs voient la digitalisation comme une occasion d'éliminer toute forme de réglementation, les syndicats défendent la maîtrise du temps de travail, le salaire minimum, le renforcement du système de co-détermination et de participation des travailleurs, les accords collectifs sur la formation, et bien d'autres principes.

Thorsten Schulten a souligné que l'objectif central est d'encadrer la digitalisation en renforçant et en étendant la négociation collective. Le défi est non seulement d'adapter le contenu des accords à de nouvelles formes de travail, mais aussi de veiller à ce qu'ils couvrent la population croissante de travailleurs qui ne sont pas d'un point de vue juridique considérés comme des salariés tels que les crowdworkers, les travailleurs indépendants et les pigistes.

Anna Ilsøe, qui a récemment mené des recherches sur la numérisation dans les services, a attiré l'attention sur certains accords-cadres innovants sur la digitalisation qui ont été négociés au Danemark au niveau municipal.

Benoit Gerits, secrétaire général adjoint d'industriAll, la fédération européenne des syndicats de l'industrie, a appelé à renouer avec la réglementation pour contrer la stratégie de l'individualisation des relations de travail conçue par certains "francs-tireurs" opérant dans le monde numérique, dont l'objectif est de soustraire les entreprises à toute forme de responsabilité.

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