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8 mars 2018

La réduction du temps de travail à nouveau à l’ordre du jour

guide cover

L'ETUI a consacré le 22 février un forum mensuel au guide "The why and how of working time reduction", qu’il a récemment publié et qui traite de la réduction du temps de travail. Le sujet a été remis en lumière à la suite des initiatives prises récemment par IG Metall, le plus grand syndicat allemand.

Rédigé par les chercheurs seniors de l'ETUI Stan De Spiegelaere et Agnieszka Piasna, le guide replace le débat sur le temps de travail dans une perspective historique et en examine les tendances récentes, présente les différents arguments en faveur de sa réduction et les modalités de son organisation.

Bien que le nombre d'heures de travail ait diminué au cours du XXe siècle, cette réduction du temps de travail n'a pas été répartie de manière uniforme dans l'ensemble de la population active. Ce sont souvent les femmes qui ont été concernées, sans nécessairement le souhaiter. En outre, dans la plupart des cas, la réduction a fait suite à des décisions des employeurs et a pris la forme d'un travail à temps partiel (parfois involontaire).

Selon les chercheurs, un salarié sur trois dans l'UE veut travailler moins. Mais comment cela devrait-il être organisé au mieux ? Le guide fournit un aperçu de programmes qui ont été mis en œuvre dans le passé ou qui sont en cours. Les trois exemples choisis par les auteurs lors de cet événement sont les mesures adoptées dans les années 1930 aux États-Unis sous la présidence Roosevelt (President’s Reemployment Agreement), le système 6 + 6 introduit en Finlande dans les années 1990 et le système de réduction du temps de travail actuellement mis en place à la télévision publique flamande VRT.

Bien qu'il n'y ait pas de recette universelle pour mettre en œuvre la réduction du temps de travail, les chercheurs concluent que «ne rien faire mène à une répartition arbitraire tant du point de vue social qu’en termes de genre».

La récente campagne «Mein Leben, meine Zeit» («Ma vie, mon temps») d'IG Metall a été lancée dans le but de reprendre le contrôle collectif et individuel du temps de travail, ainsi que d'améliorer la santé et la sécurité au travail. L'enquête réalisée en début de campagne par le syndicat allemand montre clairement que ce n'est pas la réduction collective du temps de travail qui est perçue comme importante, mais bien le droit de revenir au travail à temps plein après une période de travail à temps partiel. En fin de compte, les négociateurs ont obtenu le droit à une réduction du temps de travail à un niveau correspondant à 80% d’un temps plein pour une période de deux ans, mais sans compensation salariale. Les salariés seront également en mesure d’échanger leur prime contre huit jours de congé supplémentaires, dont deux seront payés par l'employeur.

Selon Stan De Spiegelaere, bien que toutes les revendications syndicales n'aient pas été acceptées, cette campagne a été très importante car elle a remis sur la table cette question qui avait été mise au frigo pendant une très longue période. En outre, le fait qu'IG Metall n'ait pas abandonné ses revendications sur la question du temps de travail en échange d’augmentations salariales plus importantes pourrait servir d'exemple à d'autres syndicats européens.

Richard Pond, de la Fédération syndicale européenne des services publics (FSESP), qui a soutenu le projet qui a débouché sur cette publication de l'ETUI, a déclaré que la FSESP souhaitait approfondir le débat sur la réduction du temps de travail car il s’agit depuis toujours d’une question complexe compte tenu de ses implications en termes de productivité.

Un autre problème est que dans de nombreux pays, tels que la Grèce et l'Espagne, le temps de travail a augmenté dans l'ensemble du secteur public pendant la crise économique. Dans d'autres pays tels que l'Allemagne et le Royaume-Uni, il existe d'importantes pénuries de personnel, ce qui rend très difficile la mise en œuvre d'accords de réduction du temps de travail. D'un autre côté, dans les pays nordiques, la discussion s'est concentrée sur l'égalité des sexes. Richard Pond a conclu en insistant sur le fait que ce n'est « tout simplement pas possible pour de nombreux travailleurs, en particulier en Europe de l'Est, d'envisager une réduction de leur temps de travail si celle-ci s'accompagne d'une réduction des salaires ».

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