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28 novembre 2014

Le plan d’investissement pour l’Europe du président Juncker: Noël est-il avant l’heure?

Juncker investment plan

Alors que le nouveau plan d'investissement de 315 milliards d’euros proposé par la Commission Juncker a été bien accueilli par le Parlement européen, plusieurs think-tanks et économistes ont exprimé des doutes quant à la capacité de ce plan de « donner un coup de fouet à la croissance ».

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker a dévoilé les détails de son plan « l’Europe est de retour» au Parlement européen le mercredi 26 novembre. Le plan propose de débloquer 21 milliards € du budget de l'UE et de la Banque européenne d'investissement pour mettre en place un nouveau «Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) ». Cet argent serait utilisé comme garantie pour inciter les investisseurs privés à prendre des risques et à investir, au cours des trois prochaines années, jusqu'à 315 milliards de dollars dans de nouveaux projets européens.

Le nouveau Fonds financera des projets stratégiques dans l'UE tels que les réseaux à haut débit, les réseaux d'énergie et les infrastructures de transports, l'éducation, la recherche et l'innovation, les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Une partie de ces moyens financiers soutiendra également les investissements des PME.

La Commission a invité les Etats membres de l'UE à compléter le fonds avec des investissements supplémentaires. La Commission estime que son «plan d'investissement» créera de 1 à 1,3 millions de nouveaux emplois au cours des trois prochaines années.

Le Parlement et le Conseil devraient se mettre d'accord sur la proposition de la Commission en décembre. Le projet devrait être opérationnel d'ici la mi-2015.

La majorité du Parlement européen a approuvé le plan de Jean-Claude Juncker. Le chef du groupe S & D Gianni Pitella a déclaré: «Le dogme de l'austérité a été brisé», mais le chef du groupe des libéraux (ALDE) Guy Verhofstadt a subordonné l’acceptation du plan à l’adoption de nouvelles réformes structurelles. Philippe Lamberts du groupe des Verts a été plus critique, accusant la Commission d’«ingénierie financière».

La secrétaire générale de la CES, Bernadette Ségol, tout en accueillant favorablement le plan Juncker, n’a guère été optimiste quant à son évaluation globale: « La Commission européenne semble compter sur un miracle financier comme celui de la multiplication des pains. Lever 315 milliards d’euros serait déjà un exploit mais comblerait moins de 40% des insuffisances d’investissement accumulées chaque année depuis le début de la crise. Il est inutile de retenir son souffle et de s’attendre à un impact significatif sur la croissance ou le chômage. Il faudra en faire bien davantage pour relancer l’économie en Europe. J’appelle avec insistance les gouvernements européens à accentuer leurs efforts d’investissement. »

Plusieurs économistes, think-tanks et journalistes économiques ont eux aussi exprimé leur scepticisme et leur réserve.

Martin Myant et Sotiria Theodoropoulou, économistes de l’ETUI, ont commenté l’annonce du plan en ces termes: «Bien qu’un plan qui permettrait de relancer l'investissement en Europe représente un pas dans la bonne direction, nous doutons de la faisabilité de ce plan. Les fonds privés sont davantage susceptibles d’être attirés par les projets les plus sûrs, poursuivis dans les États membres les moins en difficulté et non pas dans ceux qui ont le plus besoin d'investissements. Nous pensons également qu'un plan d'investissement de cette ampleur ne suffira pas à lui seul pour répondre aux incertitudes politiques et économiques qui sous-tendent l'écart d'investissement actuel en Europe. A moins qu'une action décisive ne soit entreprise pour changer les orientations budgétaires globales vers l'expansion, et qu’il n’y ait un soutien politique clair à la BCE pour poursuivre une politique monétaire moins conventionnelle, il n'y aura pas reprise de l'investissement ».

Sur le blog de EuroIntelligence, l’expert économique du Financial Times Wolfgang Munchau écrit à propos de la Commission « exerce un effet de levier zéro » car il n'y aura pas d'argent vraiment frais mais seulement des garanties. Dans un article paru dans le Financial Times plus tôt dans la semaine, ce même journaliste écrivait – de manière plutôt surprenante – que seule la gauche radicale avait la bonne approche par rapport à la dette de l'Europe.

Daniel Gros, économiste principal au Centre for European Policy Studies (CEPS), est également critique vis-vis du nouveau plan. Dans un article intitulé «Le Plan Juncker: de 21 € à 315 milliards €, de la poudre aux yeux», Daniel Gross écrit: «Ce paquet ressemble beaucoup au paquet de 120 milliard d’euros de « l’Initiative de croissance » qui avait été annoncée en fanfare il y a deux ans. A l’époque, comme aujourd'hui, la plupart des fonds provenaient d'une réaffectation des lignes budgétaires, couplés à l'espoir de participation du secteur privé. Une très petite part seulement des 120 milliards d’euros a été dépensée après deux ans. Il est difficile de voir pourquoi cette fois cela devrait être différent.

Ce même point est soulevé par le professeur de l'Université Sussex, Mariana Mazzucato, qui, dans The Guardian, qualifie le grand plan de Juncker d’«occasion énorme manquée». Mariana Mazzucato, experte en politique de l'innovation, souligne le rôle important que la BEI pourrait jouer en fournissant des fonds pour l'économie réelle (dans des projets liés à l'inclusion sociale, au changement climatique ou à d'autres domaines). «L'investissement est ce dont la zone euro a désespérément besoin, pas de l'austérité dont nous avons beaucoup entendu parler depuis la crise financière. Mais s’il [Juncker] veut que cette stratégie fonctionne, il doit joindre la parole aux actes. Augmenter les investissements directs, et doter la BEI d’une stratégie qui va au-delà de la détermination des «défaillances du marché» afin de maximiser l'impact transformateur des investissements publics à façonner et à créer des marchés ».

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