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11 janvier 2020

Nettoyage en France: essentiellement des femmes et des migrants qui n'ont pas le choix

Photo by Karim Manjra on Unsplash

Une étude française de la la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail (DARES) analyse les conditions d’emploi et de travail dans les métiers du nettoyage.

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C’est un domaine professionnel qui couvre un large spectre d’activités auprès de particuliers, d’entreprises ou de services publics. Il occupe un nombre considérable de salariés : 8 % du total en France métropolitaine, soit pratiquement deux millions de personnes. D’après des études prospectives, le métier d’agent d’entretien pourrait être le plus important en pourvoyeur de nouveaux postes de travail d’ici à 2022.

Les conditions de travail et d’emploi de ces métiers restent cependant peu étudiées par les chercheurs. Trois caractéristiques principales se dégagent de l’étude de la DARES qui est basée sur les résultats de l’enquête conditions de travail de 2016 :

  • Il s’agit d’emploi fortement féminisé : 80% des salariés sont des femmes, avec cependant une enclave masculine constituée par les ouvriers de l’assainissement et du traitement des déchets (90% d’hommes).
  • La proportion de travailleurs d'origine étrangère est deux fois plus élevée que dans l’ensemble des salariés (20% contre 9%). Depuis le début des années 2000, observe un déplacement des pays d’origine. Le pourcentage de salariés issus de l’Union européenne et du Maghreb se réduit au profit de l’Afrique subsaharienne et du reste du monde.
  • Travailler dans les métiers du nettoyage est rarement un choix. Parmi les salariés avec moins d’un an d’ancienneté, six sur dix était auparavant dans une situation de non emploi, généralement au chômage. Seul un sur dix était encore aux études.

Aurore Desjonquères, l’auteure de la recherche, parle de "métiers de repli" en constatant que seulement 17 % des salariés du nettoyage déclarent qu’ils seraient heureux que leurs enfants s’engagent dans la même activité professionnelle. C’est deux fois moins que pour l’ensemble des salariés.

Les conditions de travail sont plus difficiles que pour les autres salariés non qualifiés. Le travail à temps partiel affecte plus de la moitié des postes. 20% des salariés du nettoyage doivent travailler avec des horaires morcelés au cours de la journée.  71 % des salariés du nettoyage sont exposées au travail répétitif, 61 % au risque chimique et 52 % aux postures pénibles. Au total, neuf salariés du nettoyage sur dix sont exposés à au moins un risque physique. On constate également des expositions importantes aux mauvaises aux odeurs et aux risques infectieux. Globalement, la prévention n’a pas enregistré de progrès entre 2005 et 2016. La nature des risques a cependant légèrement changé. Développement du travail répétitif, des expositions aux mauvaises odeurs et aux risques infectieux. Les risques chimiques tendent à augmenter tandis que la manutention de charge lourde diminue.

Cela explique que plus des trois quarts des salariés du nettoyage ont ressenti des douleurs au cours des douze derniers mois contre un peu moins de deux tiers pour l’ensemble des salariés. Le mal de dos est la douleur la plus fréquemment relevée. Un autres facteur défavorable est le manque de reconnaissance. Par contre, l’autonomie est plus importante que parmi les autres salariés non qualifiés.

Pour Laurent Vogel, chercheur sénior à l’ETUI, "cette étude a le grand mérite de donner une meilleure visibilité des conditions de travail dans un secteur qui reste souvent négligé dans les politiques de santé au travail. Dans les directives européennes, les emplois domestiques chez des particuliers ne sont même pas couverts par des obligations de prévention. Le fait que ces métiers sont majoritairement exercés par des femmes et qu’ils concentrent une forte proportion de travailleurs d'origine étrangère contribuent à un certain désintérêt des autorités publiques pour les conditions de travail de ces personnes. En témoigne le fait que dans l’Union européenne, seuls sept pays (Allemagne, Belgique, Finlande, Irlande, Italie, Portugal et Suède) sur 28 ont ratifié la convention 189 de l’Organisation internationale du travail (2011) qui concerne les travailleuses et travailleurs domestiques".

 

Références :

Photo by Karim Manjra on Unsplash

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