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16 septembre 2019

Surmonter le coût social du changement climatique, ou « comment gagner la guerre contre nous-mêmes ».

L'édition 2019 du rapport d'analyse phare de la Commission européenne dans le domaine de l'emploi et des affaires sociales, c-à-d. son rapport annuel sur l'évolution de l'emploi et de la situation sociale en Europe (ESDE), a été présentée à une conférence de l'ETUI le 10 septembre 2019. C'était la première fois que les auteurs exposaient ce rapport, qui a été publié en juillet.

Le rapport ESDE de cette année est consacré au thème de la durabilité, et plus particulièrement à sa dimension sociale. Selon Philippe Pochet, directeur général de l'ETUI, nous devons nous engager dans la discussion sur la durabilité en l'abordant sous différents angles : social, économique et environnemental. Frank Siebern-Thomas de la DG Emploi de la Commission européenne, qui a coordonné le rapport ESDE, a déclaré que cette année, les auteurs ont examiné des domaines qu'ils ne couvrent habituellement pas afin de découvrir les liens entre ces différentes dimensions. « La transition n'est pas automatique et n'est pas inclusive par défaut », a-t-il affirmé, ajoutant que « la voie à suivre est une approche intégrée ». Comme le déclare la présidence finlandaise, le développement durable devrait être le « dénominateur commun » de toute action de l'UE. Les principaux défis identifiés par le rapport ESDE sont les évolutions socio-économiques inégales dans l'UE, la faible croissance de la productivité dans certaines régions, les conséquences des mégatendances (vieillissement de la population, changements technologiques, mondialisation et changement climatique) et les tendances divergentes de l'opinion publique. Katarina Jaksic et Endre Gyorgy de la DG Emploi et co-auteurs du rapport se sont concentrés sur les conclusions de ce dernier concernant l'emploi et les impacts sociaux des politiques relatives au changement climatique. Katarina Jaksic a souligné le fait qu'une proportion importante de ceux qui sont incapables de subvenir aux besoins de leur foyer sont des ménages à revenu moyen. Endre Gyorgy a déclaré que les défis de la transition varient d'une région à l'autre, les régions les plus touchées nécessitant souvent des programmes de requalification professionnelle. Les syndicats peuvent jouer un rôle important à cet égard, car ils sont « très efficaces pour ce qui est de préparer les travailleurs aux transitions ».

Xavier Timbeau, directeur de l'Observatoire économique français, l'OFCE, a commenté que le rapport pourrait sous-estimer le coût de la transition, en particulier dans un contexte où les effets du réchauffement climatique à +2°C seront très inégalement répartis. Les actifs dits « échoués » (actifs qui perdent leur valeur économique bien avant leur durée de vie utile prévue [1]) représentent également un coût significatif à prendre en compte. Béla Galgóczi, chercheur senior à l'ETUI, a reconnu que le rapport se concentre trop sur les opportunités sans accorder suffisamment d'attention aux défis. « Il n'y a pas de lien direct entre l'action et l'impact. C'est un jeu coopératif, et il ne fonctionne pas bien », a-t-il averti. « Nous devons également nous rendre compte que les perspectives d'emploi ne sont pas bonnes dans le secteur manufacturier, mais c'est la base de l'économie européenne et nous devons la préserver ».

Lors du débat qui a suivi, Ludovic Voet, secrétaire confédéral de la CES, a salué le rapport comme « une étape importante dans la réflexion sur les conséquences économiques et sociales de la transition climatique ». Toutefois, pour les syndicats, il est très important de savoir à quoi ressemblera exactement l'accord vert proposé par la Commission, car la crise climatique mettra en danger tout ce pour quoi les syndicats se sont battus. Il a souligné que ce n'est pas seulement un fonds qui est nécessaire, mais « une transformation massive de l'économie » accompagnée de politiques socialement justes. Erica Hope, de la Fondation européenne pour le climat, a déclaré qu'elle avait observé un alignement croissant des positions entre les syndicats et les organisations environnementales et qu'elle pensait qu'ils devaient collaborer davantage. Il est de plus en plus admis que les experts climatiques doivent être beaucoup plus conscients des aspects sociaux de ce qu'ils proposent. Selon Xavier Timbeau, « nous devons trouver des moyens de mobiliser les gens pour gagner la guerre contre nous-mêmes ». Il propose d'utiliser certains outils performants pour changer notre comportement, tels que des signaux prix forts et un système de gouvernance à plusieurs niveaux, ainsi que d'assurer une plus grande solidarité dans les politiques relatives aux changements climatiques et de réfléchir au nouveau modèle démocratique dont nous avons besoin pour faire face à cette transformation.

 

[1] Kyra Bos, Joyeeta Gupta, Stranded assets and stranded resources : Implications for climate change mitigation and global sustainable development, Energy Research & Social Science, Volume 56, 2019

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