European Trade Union Institute, ETUI.

Accueil > L'ETUI > Actualités > Quand les amoureux de leur travail se révoltent : l’actio...

Actualités

12 juillet 2019

Quand les amoureux de leur travail se révoltent : l’action syndicale des enseignants, des journalistes et des collaborateurs des musées aux États-Unis

Alors que la baisse des emplois industriels se poursuit, l’économie américaine connaît une croissance de l’emploi dans les services et dans ce que l’on a appelé « l’économie de la connaissance ». Dans le cadre de son travail, la journaliste free-lance américaine Sarah Jaffe s’est entretenue avec de nombreux enseignants, collaborateurs des musées et collègues journalistes. Elle était l’invitée d’un déjeuner-débat organisé par l’ETUI le 9 juillet.

Ce qu’elle a découvert, c’est que beaucoup de ces travailleurs ont l’impression que l’on attend d’eux qu’ils apprécient leurs tâches et qu’ils aiment leur travail, quelles que soient les conditions dans lesquelles ils doivent l’exercer. Une telle attente n’est pas nouvelle, mais elle se fait toujours plus pressante et touche tous les aspects de la vie professionnelle. L’absence d’État-providence aux États-Unis et les attaques constantes menées par l’administration Trump contre la protection des travailleurs ne font qu’accentuer le problème. Mais ces travailleurs ont entamé un processus de lutte collective, avec un succès croissant.

En 2018, une série d’États des États-Unis ont été confrontés à une vague de grèves d’enseignants. “Les enseignants ont fait un excellent travail pour toucher la communauté », a expliqué Sarah Jaffe. Elle est convaincue que « les syndicats doivent négocier au nom du bien commun » et introduire dans les conventions collectives des exigences qui sont celles de la communauté. La grève des enseignants qui a été menée à Chicago en 2012, après le démantèlement du secteur durant la crise économique, constitue un bon exemple d’une telle approche. Une amélioration des conditions de travail s'imposait de toute urgence. Sarah Jaffe a expliqué que le succès de la grève de Chicago était dû à la participation massive des enseignants eux-mêmes, mais aussi à leur stratégie visant à impliquer les parents. Les enseignants ont expliqué qu’une amélioration de leurs conditions de travail bénéficierait aussi aux élèves (classes moins nombreuses, davantage d’espaces verts, moindre recours à la police, etc.).

Plus récemment, les journalistes ont repris le même type d’argument en réussissant, grâce à leur visibilité, à diffuser le message de ce que sont vraiment les syndicats et de ce qu’ils peuvent apporter aux travailleurs. Les collaborateurs des musées, qu’il s’agisse du New Museum, du musée Guggenheim et du MoMA à New York, ont également initié un processus de syndicalisation. Pour la première fois, ces travailleurs plus « privilégiés » dans la société s’identifient davantage à la classe ouvrière.

Kurt Vandaele, chercheur senior à l’ETUI, et qui a récemment publié un rapport sur le déclin et le vieillissement des effectifs des syndicats européens et le recul du taux de syndicalisation, s’est demandé si cette nouvelle vague de syndicalisation ne portait que sur des questions traditionnelles « alimentaires », ou si elle résultait d’un regain de conscience politique dans les générations plus jeunes, celles que l’on a parfois appelées les « socialistes du millénaire ». Dans ce cas, ces militants entendent agir au-delà du champ d’action traditionnel des syndicats pour s’attaquer à des questions telles que le logement. Sarah Jaffe a estimé que cette dernière explication semblait la bonne et elle a souligné l’importance de ce modèle pour assurer le succès du syndicalisme aux États-Unis.

Tijs Hostyn, de la Confédération belge des syndicats chrétiens (CSC/ACV), a fait part de son expérience d’action syndicale auprès des journalistes de l’agence de presse belge Belga, de la société flamande de télévision privée VTM, et de l’éditeur de presse Sanoma. “Nous essayons de nous réinventer,” a-t-il expliqué. “Nous cherchons à ne pas nous fixer sur le type de contrat dont dispose une personne.” La CSC/ACV a récemment créé une organisation regroupant les journalistes free-lance, sous le nom de “United Freelancers”. Hostyn a toutefois reconnu que le système de relations industrielles en Belgique permet plus facilement aux syndicats de recruter des travailleurs de ces secteurs, par comparaison avec la situation qui prévaut aux États-Unis.

Toutes les actualités

Evénements