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9 novembre 2016

Réforme des retraites en Belgique : des experts redoutent une extension des inégalités

Le gouvernement belge prépare les nouvelles étapes de sa réforme du système des retraites. À côté de la pension légale, le ministre des pensions, le libéral francophone Daniel Bacquelaine, veut encourager les salariés à souscrire sur une base individuelle une épargne pension complémentaire à la pension légale. Des experts estiment que la réforme envisagée pourrait aggraver les inégalités sociales.

En Belgique, le système de financement des retraites repose sur trois piliers. Le premier pilier, la pension légale, est alimenté par les cotisations des salariés et des indépendants, le second pilier est constitué par des primes versées à la fois par l'employeur et l'employé, enfin le troisième pilier repose exclusivement sur l'épargne des salariés qui souhaitent arrondir le montant de leur retraite.

La réforme en préparation prévoit d'ouvrir le deuxième pilier à des contrats d'épargne-pension individuels souscrits auprès d'organismes financiers. Le principal argument du ministre des pensions est de permettre l'accès au deuxième pilier aux salariés d'entreprises n'offrant pas à ces derniers la possibilité de se constituer une pension complémentaire collective. D'après le ministre, 40 % des salariés sont dans cette situation.

Des experts estiment que ce projet de réforme présente des risques pour les travailleurs. "Avec ce système de pension, c'est chacun pour soi", a déclaré à la presse l'ex-ministre des Affaires sociales Frank Vandenbroucke, qui préside désormais le Conseil académique en matière de pensions. Cette instance officielle remet des avis sur les propositions gouvernementales en matière de pensions.

Avec neuf de ses collègues, Mr Vandenbroucke a signé une tribune parue le vendredi 4 novembre dans trois quotidiens belges. "Encourager les placements individuels ne relève pas d'une stratégie de pension. On commencera à détricoter le contrat social que nous voulions précisément renforcer, et à accroître les risques individuels et les inégalités sociales", alertent-ils.

D'après ces experts, pour la plupart professeurs d'université, l'ouverture du second pilier à l'initiative individuelle va pousser les employeurs à déserter la piste de la pension complémentaire collective.

Par ailleurs, le nouveau système ne serait pas sans risque pour les salariés. En effet, le deuxième pilier classique repose sur la négociation collective : les montants à verser par le salarié, d'une part, et l'employeur, d'autre part, sont déterminés dans une convention collective de travail qui assure au salarié un rendement garanti. La réforme permettrait à ce dernier de décider seul le montant à prélever de son salaire par l'employeur pour alimenter sa pension complémentaire, mais en perdant sa garantie de rendement.

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