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26 juin 2019

Silice cristalline : un risque grave visant les jeunes travailleurs

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié fin mai 2019 les résultats de son expertise concernant les risques de la silice cristalline pour les travailleurs.

Cette expertise a été lancée notamment en raison des inquiétudes suscitées par des cas de silicose grave qui sont liées à l’usage de pierres reconstituées (quartz + résine) utilisées pour la fabrication de plans de travail de cuisine et revêtements de salles de bains (« artificial stone »). Les travailleurs concernés sont ceux qui découpent le matériel et/ou le produisent et/ou l’installent chez des particuliers, particulièrement quand la découpe se fait à sec. Ces silicoses peuvent concerner des travailleurs très jeunes et les temps de latence peuvent être plus courts que ceux qui sont couramment observés pour une silicose classique. Ainsi, la silicose est loin d’être une maladie qui relèverait du passé à l’époque où elle frappait des centaines de milliers de mineurs en Europe.

L’expertise indique qu’en France, près de 365 000 travailleurs seraient exposés par inhalation à la silice cristalline, en particulier au quartz. De 23 000 à 30 000 travailleurs seraient exposés à des niveaux excédant la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) de 0,1 mg.m-3 actuellement en vigueur en France, et plus de 60 000 à des niveaux excédant la VLEP la plus basse proposée au niveau international établie à 0,025 mg.m-3. Plus des deux tiers de ces niveaux d’expositions concernent le secteur de la construction ; suivent les secteurs de la fabrication des produits minéraux non métalliques, de la métallurgie et des industries extractives.

L’impact sur la santé de ces expositions est particulièrement lourd : cancers du poumon et autres maladies pulmonaires non cancéreuses comme la silicose, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’emphysème, la tuberculose. On observe aussi un lien entre ces expositions professionnelles et différentes maladies auto-immunes. L’Anses recommande de développer des études concernant l’impact sur les pathologies rénales.

La silice cristalline a été au cœur des débats concernant la première phase de la révision de la directive européenne sur les agents cancérigènes. La valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) adoptée en 2017 est de 0.1 mg/m3. Selon l’expertise de l’Anses, cette valeur n’est pas suffisamment protectrice. Elle laisse subsister un risque sanitaire élevé. Aux Etats-Unis, L’ACGIH (American Conference of Governmental Industrial Hygienists) recommande une valeur quatre fois plus basse (0.025 mg/m3) pour certaines variantes de la silice (quartz et cristobalite). La VLEP contraignante aux Etats-Unis est de 0.05 mg/m3. Six Etats américains aux Etats-Unis ont défini des valeurs environnementales nettement plus basses pour protéger leur population contre les risques de maladie pulmonaire. Il s’agit de la Californie, du Vermont, de New York, du Texas, du Minnesota et du New Jersey.

La directive européenne doit être transposée dans les différents Etats membres de l’Union européenne pour le 17 janvier 2020. « Si l’on veut protéger efficacement la vie des travailleurs exposés à la silice, il serait important d’adopter au niveau national des VLEP plus protectrices que celle qui a été reprise dans la directive », estime Laurent Vogel, chercheur sénior à l’institut syndical européen (ETUI). Rappelons que les directives européennes en santé au travail ne formulent que des prescriptions minimales et que tout Etat membre peut adopter une législation qui assure un meilleur niveau de protection de la santé.

En savoir plus : Expertise ANSES 

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