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26 février 2015

Syndicats et "responsabilité sociale des entreprises" : le pragmatisme l'emporte sur la méfiance

"Même si le scepticisme reste présent, la plupart des syndicats prennent aujourd'hui part aux discussions sur la responsabilité sociale des entreprises", a déclaré Chris Rees. Chercheur à la Royal Holloway University de Londres, il a récemment écrit avec deux collègues de la même université un ouvrage consacré au positionnement des syndicats européens envers le concept de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les principaux résultats de cette recherche, menée entre 2011 et 2013 dans onze pays de l'Union européenne, ont été présentés le 24 février dernier lors d'un forum mensuel de l'ETUI.

Le concept anglo-saxon de RSE, porté par des multinationales désirant prendre des engagements en lien avec des enjeux sociétaux et environnementaux, est débattu dans les instances européennes depuis la fin des années 90. Débats auxquels le mouvement syndical européen a été invité à prendre part. Pour de nombreux syndicats nationaux, la RSE reste cependant encore largement perçue comme un instrument des multinationales. "Ils considèrent la RSE comme de la pure rhétorique, avec très peu de contenu concret, en vue d'améliorer l'image des entreprises", a fait observer Chris Rees.

Par conséquent, "la plupart des syndicats n'ont pas intégré la RSE dans leur processus d'élaboration des politiques".

Les chercheurs de la Royal Holloway University tiennent cependant à nuancer leur propos, tant les rapports qu'entretiennent les syndicats avec la RSE dépendent du modèle économique ("économies de marché coordonnées" Vs "économies de marché libérales"), de leur positionnement idéologique, de l'histoire nationale, etc. Le caractère mouvant du concept même n'aide évidemment pas les syndicats à clarifier leur position par rapport à la RSE.

"Plus un syndicat est situé à gauche et moins il témoigne d'intérêt pour la RSE", résume Lutz Preuss. Selon le chercheur, la Finlande est le pays dont le mouvement syndical est le plus ouvert à la RSE. Il l'explique par le fait que ce pays est doté d'une législation sociale très développée, qui lui offre en quelque sorte un "filet de sécurité" pouvant le prémunir d'éventuels effets indésirables résultant des négociations entreprises dans le cadre de la RSE.

Les auteurs touchent ici du doigt la principale crainte du mouvement syndical vis-à-vis du système de la RSE : voir ces engagements, à caractère volontaire, progressivement se substituer aux instruments juridiques traditionnels.

"La RSE ne peut pas se substituer au dialogue social", a averti Patrick Itschert. Le secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES) a estimé que la dernière Communication de la Commission sur la RSE, présentée en 2011, représentait une évolution plutôt positive par rapport à la précédente communication, très pro business, qui avait provoqué le désengagement de la CES des discussions communautaires autour de la RSE.

Pour le monde syndical, le concept est désormais considéré comme une réalité qu'il n'est plus possible d'ignorer car il peut, à certaines conditions, exercer des effets positifs sur la société, a-t-il ajouté en substance.

Patrick Itschert, qui avant de rejoindre la CES dirigea la Fédération internationale des travailleurs du textile, a évoqué la situation de pays en voie de développement où, compte tenu d'un rapport de force nettement défavorable aux syndicats, la RSE peut être un outil alternatif pour améliorer le sort des travailleurs.

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