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10 janvier 2020

Vers une interdiction du glyphosate au Mexique ?

Photo by Calum Lewis on Unsplash

Le 25 novembre 2019, le Secrétariat pour l’environnement et les ressources naturelles (équivalent du ministère de l’Environnement au Mexique) a interdit l’importation de 1000 tonnes de glyphosate des Etats-Unis vers le Mexique.

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Victor Toledo, qui dirige ce département, a indiqué qu’il s’agissait d’une mesure d’urgence et que l’étape suivante serait l’interdiction du glyphosate et de plus d’une centaine d’autres pesticides particulièrement dangereux. La décision invoque le principe de précaution. La multinationale Bayer a immédiatement condamné cette décision.

Le débat sur le glyphosate a été relancé par une étude de chercheurs de l'Université de Guadalajara publiée en septembre 2019. Ces chercheurs ont détecté une augmentation des maladies chroniques-dégénératives dans la population d’Autlán de Navarro, une localité agricole de l’Etat de Jalisco.

Afin d'identifier les causes possibles, une analyse chimique a été réalisée sur l'urine d'enfants fréquentant des établissements préscolaires, primaires et secondaires. Sur 146 enfants examinés, tous avaient différents herbicides dans leurs urines. La substance la plus récurrente, et aussi la plus dangereuse, était le glyphosate. La plupart d’entre eux présentaient des symptômes pathologiques comme des nausées, des vomissements et des irritations.

L’initiative du gouvernement intervient à la suite d’une recommandation adoptée le 28 décembre 2018 par la Commission nationale des droits humains (CNDH). La CNDH avait été saisie par 43 plaignants différents. Elle a procédé à une analyse de la régulation des pesticides au Mexique en la comparant à des dispositions en vigueur dans d’autres pays et aux règles du droit international. La CNDH a conclu que la politique suivie dans ce domaine violait les droits humains et elle a formulé un ensemble de recommandations aux différentes autorités publiques concernées.

D’après Maria Colin, représentante de Greenpeace au Mexique, il existe une division au sein du gouvernement entre un secteur favorable à l’interdiction des pesticides les plus dangereux et un secteur plus sensible aux pressions du lobby agro-industriel. L’annonce de la décision d’interdire des importations de glyphosate le 25 novembre 2019 peut être interprétée comme un signe que le premier secteur aurait fait prévaloir ses positions au sein du gouvernement.

Le Mexique pourrait ainsi devenir le premier pays d’Amérique latine à interdire le glyphosate. Le sous-continent est devenu un marché privilégié en raison de l’expansion des cultures d’organismes génétiquement modifiés. La culture du soja est devenue particulièrement dépendante de l’utilisation de pesticides toxiques.

En 2013, le parlement du Salvador avait pris la décision de l’interdire dans le cadre d’une liste de 53 produits toxiques utilisés dans l’agriculture. Cédant aux pressions du gouvernement des Etats-Unis et du secteur agro-exportateur, Mauricio Funes, alors président de la République, avait refusé l’application de cette mesure pour le glyphosate et dix autres pesticides dangereux. L’interdiction du glyphosate a été remise à l’ordre du jour par une association de victimes

En Colombie, la pulvérisation aérienne de glyphosate a été suspendue à la suite d’un arrêt de la Cour constitutionnelle en 2015. Mais le président élu en 2018, Iván Duque est favorable à leur reprise dans le cadre de ce qui est présenté comme « la guerre contre la drogue ». L’utilisation massive de glyphosate a suscité un conflit juridique entre la Colombie et l’Equateur en raison des pulvérisations qui étaient fréquentes dans des zones frontalières. A la suite d’une plainte présentée en 2008 par l’Equateur contre la Colombie devant la Cour internationale de Justice basée à La Haye, les épandages dans des zones frontalières avaient pris fin 2013.

Au Brésil, en 2015, le système judiciaire avait demandé à l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anvisa) d'évaluer "d'urgence" la toxicité du glyphosate en vue d’une éventuelle interdiction. L’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro a cependant complètement modifié le contexte politique. Le nouveau gouvernement a ré-autorisé des dizaines de pesticides interdits auparavant. Le complexe agro-exportateur promeut un modèle où la santé humaine et l’environnement sont sacrifiés au bénéfice de la compétitivité. Rien que pour l’année 2019, les importations d’agrotoxiques ont augmenté de 21%.

Une interdiction mexicaine créerait une dynamique continentale plus favorable à l'action des syndicats et des organisations de défense de l'environnement en vue de l'interdiction du glyphosate.

 

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