European Trade Union Institute, ETUI.

Accueil > Reforms Watch > Austria > Autriche : la réforme de la sécurité sociale est vivement...

Austria

31 octobre 2018

Autriche : la réforme de la sécurité sociale est vivement critiquée par les syndicats et les autres parties prenantes

Une réforme planifiée du cadre institutionnel du système autrichien de sécurité sociale va bouleverser la structure du système tout entier. La réforme va réduire l'influence du mouvement syndical et celle des régions dans le fonctionnement des organismes de sécurité sociale. Le mouvement syndical s'est montré très critique à cet égard et certains observateurs indépendants ont exprimé des doutes quant aux économies escomptées.

Avant l’été 2018, le gouvernement a annoncé qu'il proposerait une réforme en profondeur du système d'assurance sociale. Actuellement, les organismes assureurs sont répartis dans 21 organisations différentes (neuf pour les neuf Länder et les douze autres selon les fonctions ou groupes professionnels). Il est prévu de fusionner les institutions existantes en seulement cinq organisations différentes, ce qui diminuerait l'influence des Länder et des partenaires sociaux sur le système d'assurance sociale. Cette annonce a suscité des réactions très critiques de la part des syndicats et de l'opposition. Les observateurs ont déclaré que l'absence de consultation constituait une rupture évidente avec le passé.

Les détails de la réforme envisagée ont été présentés en septembre 2018. Il est prévu de commencer par une période de transition en janvier 2019, avec pour objectif d'avoir un nouveau système opérationnel d'ici janvier 2020. Le gouvernement parle d'une réduction de 19.000 fonctionnaires, avec une économie nette de 10% en trois ans (un milliard d'euros en 2023), pour atteindre les 30% en dix ans. Cette présentation a permis de clarifier la structure de la réforme annoncée.

La Chambre du travail (AK) et le mouvement syndical ont déclaré que le futur scénario conduirait à une  « fusion-fiasco ». Ils voient la réforme projetée comme un jeu de pouvoir dicté par les intérêts de la politique partisane. AK a fait part des principaux problèmes que lui posait la réforme dans une une lettre ouverte adressée aux membres des parlements nationaux et régionaux et aux communautés locales. La centralisation et la réduction des effectifs conduiront à un système de soins de santé qui ne tiendra pas suffisamment compte des spécificités régionales. La confédération syndicale ÖGB a déclaré que le gouvernement sert les intérêts des employeurs. Elle a énoncé cinq points essentiels : 1) la fin de l'autogestion du système par le mouvement syndical ; 2) un affaiblissement de l'autonomie de l'organisation centrale ; 3) une réduction de l'autonomie financière entraînée par la centralisation; 4) l'augmentation des coûts ; et 5) la fin des contrôles des entreprises par les fonds d’assurance santé. La diminution des tâches de contrôle au niveau régional rend le changement particulièrement difficile à accepter.

Pour le mouvement syndical, il s'agit de la deuxième grande atteinte aux droits des travailleurs après l'élargissement du temps de travail. Les syndicats craignent une érosion de la qualité du système de soins de santé et une augmentation des inégalités de traitement, certains citoyens privilégiés se voyant offrir les meilleures conditions, tandis que l'écrasante majorité de la classe ouvrière et des retraités devront payer davantage pour des soins minimums. De nombreux experts ont de sérieux doutes quant au calcul des économies réalisées sur le budget. En outre, le risque est qu'à l'avenir, les employeurs précisent à leurs salariés « ce qui est approprié pour leur santé », alors qu’eux-mêmes et leurs familles sont assurés par une autre assurance de premier ordre.

Toutes les actualités