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EU-28

28 novembre 2018

UE : évaluation de la nature et du rôle potentiel des programmes de réformes structurelles dans l'UE

De récentes évaluations des politiques de réforme menées en Europe portent sur les impacts de la réglementation en matière de protection de l'emploi sur la croissance économique et la productivité. Il en ressort que les changements intervenus sur le marché du travail sont principalement dus aux réformes dans le domaine du commerce et aux niveaux de revenus et que l’amélioration de la protection de l'emploi réduit les inégalités sans avoir d’effets néfastes sur la croissance économique.

Les réformes des marchés du travail jouent un rôle majeur dans les politiques des gouvernements. Ces dernières années, plusieurs auteurs ont tenté d'analyser l'impact de ces réformes sur les performances économiques. Dans une première évaluation réalisée en 2015, les principales caractéristiques et facteurs déterminants des réformes du marché du travail de l'UE pour la période 2000-2011 ont été analysés à partir d’une base de données de la Commission européenne. Cette étude approfondie a montré que les pays dotés d'un cadre institutionnel similaire avaient suivi des modèles de réforme globalement analogues au cours des années 2000. La crise de 2008 a entraîné une accélération des politiques de réforme dans un grand nombre de pays de l'UE. Au début de la crise, les réformes visaient principalement à soutenir la demande de main-d'œuvre et à adapter les filets de sécurité sociale. Par la suite, les réformes se sont intensifiées dans des domaines politiques liés à l'ajustement du marché du travail, dont la législation en matière de protection de l'emploi et le cadre de fixation des salaires. Les auteurs en ont conclu que l'activisme réformateur était plus intense dans les pays qui ont un plus grand nombre d’années d'adhésion à l'UE. Ils ont constaté que certaines réformes, notamment celles qui réduisent la portée de la réglementation en matière d'emploi et de fixation des salaires, ont été engendrées par la pression des marchés financiers.

Une publication récente réunissant les principales contributions des milieux universitaires, des banques centrales d’Europe et de l'OCDE met en exergue que les réformes structurelles peuvent apporter une contribution fondamentale à l'amélioration des performances économiques. Toutefois, le type de réforme, le timing, le calendrier et les contraintes politiques jouent un rôle crucial dans la détermination de l'impact des réformes sur la croissance économique et les inégalités de revenus. L'ouvrage Political Economy of Structural Reforms in Europe réunit des études théoriques et empiriques qui traitent du rôle potentiel de la réforme structurelle dans le rétablissement de la stabilité macroéconomique, la reprise de la croissance économique, la lutte contre les inégalités de revenus et la lutte contre la stagnation séculaire. L'évaluation des coûts et des avantages des différents programmes de réforme jette un nouvel éclairage sur les facteurs déterminants et les effets des réformes et sur leur influence sur l'intégration européenne. Les auteurs concluent que les politiques de réforme structurelle fonctionnent comme le cycle économique. Il y a des moments où celles-ci sont mises en œuvre avec beaucoup de ferveur et d'autres où elles sont mises en veilleuse ou même démantelées. Dans un article consacré à des travaux de recherche, les auteurs mettent en évidence le manque de connaissances en la matière qui complique la mise en œuvre des réformes et limite leur efficacité.

Certains des auteurs se sont intéressés à l'impact de la réforme sur le marché du travail qui est l'une des réformes structurelles les plus importantes mais aussi l'une des moins bien appréhendées. Les changements dans la législation du marché du travail semblent être principalement motivés par les réformes du commerce et les niveaux de revenus. Dans un blog particulièrement intéressant, les auteurs critiquent le point de vue orthodoxe selon lequel les modifications de la législation du travail qui réduisent les coûts d'embauche (et de licenciement) des travailleurs devraient favoriser la création d'emplois et aider les entreprises à se remettre de ces chocs. Suivant cette position, la protection de l'emploi a pour effet de réduire les inégalités et de freiner la reprise. Les auteurs de ce blog concluent qu'en fait, c'est le contraire qui se produit : la rigidité du marché du travail réduit les inégalités de revenus sans effets négatifs pour la croissance économique. Ils considèrent qu'il est nécessaire de poursuivre les travaux en faisant la distinction entre libéralisation de jure et libéralisation de facto. Il est nécessaire d'approfondir les différentes facettes de la réforme du travail, dans le cadre de la protection de l'emploi et au-delà, ce qui inclut les modifications des prestations de chômage et les politiques actives du marché du travail.

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