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Sweden

13 décembre 2018

Suède : le modèle du marché du travail basé sur le consensus est-il résistant à l'instabilité politique?

Dans de nombreuses publications parues récemment en Suède, l'avenir du modèle du marché du travail basé sur le consensus et le dialogue a été remis en question. Une brève rétrospective de 2018 montre que le dialogue social est toujours préservé. Toutefois, ce modèle risque d’être gravement affecté par les différences idéologiques entre le centre-droit et le centre-gauche en matière de droits du travail et de politiques du marché du travail.

Dans le paysage politique suédois en constante évolution, les observateurs du marché du travail craignent que le modèle du marché du travail, basé sur le dialogue entre les partenaires sociaux et la négociation collective, plutôt que sur des réglementations de l’Etat, soit bientôt dépassé par la réalité politique. Les élections de septembre 2018 ayant abouti à une impasse, le système politique reste bloqué. Toutefois, on s'attend à ce qu'une fois que la situation sera réglée et qu'un nouveau gouvernement entrera en fonction, une série de décisions relatives au marché du travail devront être prises. Parmi ces questions, les droits des travailleurs en danger – allant de la protection de l'emploi à la question des bas salaires pour les « emplois d’entrée » sur le marché du travail – ainsi que d'autres mesures destinées à réduire les risques de précarité, sont en jeu. La confédération syndicale LO a toujours souligné que ce sont les partenaires sociaux qui se mettent d'accord sur les niveaux de salaire et non les responsables politiques. LO considère l'ingérence du gouvernement comme une menace directe à la liberté de négociation dans la mesure où ce sont les syndicats et les employeurs qui décident du niveau des salaires par la négociation.

Jusqu'à présent, le modèle suédois de consensus du marché du travail continue de fonctionner. On peut mentionner, par exemple, un accord entre les syndicats, les employeurs et le gouvernement sur ce qu’il est convenu d’appeler l'etableringsjobb (emplois d'entrée). Au printemps 2018, les partenaires sociaux et le gouvernement ont élaboré un nouveau système d’ « accords d'entrée » qui a pour but d'aider les migrants nouvellement arrivés et les chômeurs de longue durée à se faire une place sur le marché du travail et à offrir aux employeurs toute une série de compétences pour l’avenir.

Peu après les élections de 2018, les partenaires sociaux du secteur privé ont manifesté leur volonté de coopérer lorsqu'ils ont décidé d'unir leurs forces dans la lutte pour leurs intérêts communs au niveau européen. Le 1er octobre 2018, la Confédération des entreprises suédoises, la confédération syndicale LO et le PTK (conseil de négociation et de coopération pour les salariés du secteur privé) ont créé le Conseil du marché du travail pour les affaires européennes. Ces organisations ont l'intention de présenter des points de vue communs afin de protéger la position de la négociation collective et le modèle suédois quand des initiatives législatives sont prises au niveau européen.

La Confédération syndicale LO a publié en novembre 2018 un nouveau programme qui fait également référence à ce modèle. Il prévoit des mesures de participation au marché du travail à un niveau élevé, y compris pour les travailleurs qui ont de graves difficultés à trouver un emploi (en raison de leur âge avancé, d'un handicap ou d'autres facteurs). LO a formulé des propositions pour un programme de redistribution dans cinq domaines (la fiscalité, les différences régionales, le chômage et l'assurance maladie, les pensions et les conditions de vie) dans le but de faire face aux risques d'inégalités croissantes sur le marché du travail. LO s'oppose au recours à des incitants économiques défavorables pour forcer un plus grand nombre de personnes à entrer sur le marché du travail. Au lieu de cela, une politique active et volontariste du marché du travail qui donne aux demandeurs d'emploi la possibilité de répondre à l'évolution des besoins du marché du travail et de prendre des emplois nouvellement créés devrait servir de modèle. Au cours du congrès de 2016, LO avait une fois de plus confirmé son engagement en faveur du modèle suédois qui joue, selon elle, un rôle décisif dans la réussite économique du pays.

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