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United Kingdom

16 octobre 2018

RU : L’avenir d’une main d’œuvre de plus en plus précaire et exploitée

Le nombre de contrats zéro heure a triplé, ce qui peut être vu comme une détérioration du marché du travail, louangé pour son taux d’emploi croissant. Les jeunes sont de plus en plus conscients la précarité de leurs emplois. Les observateurs voient le retour d’un sentiment de force collective réapproprié par une nouvelle génération qui non seulement ne bénéficie pas de la sécurité de l’emploi mais en plus qui ne peut pas prétendre à un niveau de salaire, ni un accès au logement décent.

Le nombre de travailleurs britanniques sous contrat « zéro heure » a plus que triplé depuis 2012, représentant plus d’un quart de la croissance du taux d’emploi global, selon le données de l’Office of National Statistics. Le nombre élevé de ces contrats « zéro heure », compris dans les chiffres de l’emploi, suggère que la croissance rapide du taux d’emploi et les chiffres élevés de l’emploi peuvent induire en erreur. Les contrats « zéro heure » qui sont des contrats « à la tâche » ont connu une forte croissance, mais ne garantissent pas toujours les mêmes droits et la stabilité des contrats fixes. Par ailleurs, l’existence de ces contrats donne l’impression erronée que la situation de l’emploi est meilleure que ce qu’elle est en réalité. Dans une note de synthèse pour la House of Commons, les contrats « zéro heure » se caractérisent par l’absence d’indication d’horaires ou de durée, mais le travailleur s’engage à être disponible à n’importe quel moment de la journée pour travailler. Les estimations d’avril-juin 2018 laissent apparaître que 780 000 personnes ont un contrat « zéro-heure » pour leur emploi principal, ce qui représente 2,4 % des personnes travaillant. Les syndicats ont toujours expliqué que ces contrats entraînent une insécurité financière pour les travailleurs qui perdent des droits clés en matière de droit du travail. Les associations d’employeurs soulignent leur utilité pour répondre à la demande fluctuante et explique qu’ils jouent un rôle important dans l’emploi.

Les protestations grandissent, et peuvent être parfois inattendues. Lors d’un discours au Congrès des syndicats à Manchester, Justin Welby, l’Archevêque de Canterbury, a appelé l’économie à la tâche et les contrats « zéro heure » la « réincarnation du Mal ».  McDonnell, le leader de l’opposition, a affirmé que le parti du Labour augmenterait les droits des travailleurs et « restaurerait l’équilibre de pouvoirs sur le lieu de travail ». Il a dénoncé les contrats « zéro heure » et l’économie à la tâche et a promis plus de droits pour ceux qui travaillent dans ces conditions. D’autres organisations de la société civile ont aussi exprimé leurs inquiétudes à propos des perspectives de marché du travail des générations futures.

En 2017 et 2018, des actes de protestation de jeunes travailleurs sous contrat « zéro heure » se sont significativement intensifiés. Leurs revendications vont de l’augmentation du salaire minimum à l’amélioration des conditions de travail, en passant par la transformation des contrats temporaires ou « zéro heure » en contrat de travail à durée indéterminée. Début octobre 2018, les travailleurs de la vente et de l’hôtellerie de JD Wetherspoon, McDonald’s, Uber Eats et TGI Fridays ont manifesté ensemble lors d’une grève coordonnée. Des observateurs voient ces actions comme le symbole de l’écart grandissant entre les revenus et de l’augmentation du travail précaire, mais aussi du déclin de la représentation syndicale indépendante. D’autres y voient le retour d’un sentiment de force collective, réapproprié par une nouvelle génération qui ne bénéficie pas de la sécurité de l’emploi ni de salaires et d’accès à des logements décents, et qui sont sanctionnés par une dette s’ils aspirent à étudier à l’Université.

Dans plusieurs entreprises, les luttes pour un salaire décent et la reconnaissance des syndicats vont de pair. La Confédération Européenne des Syndicats (CES) a affirmé dans le BBC's Today programme que certaines entreprises d’hôtellerie et de technologie « utilisaient une très vieille forme d’exploitation ». La CES a demandé au public et aux communautés de soutenir les actions. Les entreprises en question peuvent et doivent offrir une augmentation de salaire et un retour à l’embauche directe.

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