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8 mai 2015

Amiante : le long et tortueux chemin vers une interdiction mondiale

Une importante réunion internationale consacrée aux produits toxiques s'est ouverte le 4 mai dernier à Genève. À l'agenda : l'inclusion du chrysotile dans la Convention de Rotterdam. Malgré les ravages causés par cette forme d'amiante, la mobilisation des États producteurs et importateurs a jusqu'à présent toujours permis d'écarter ce cancérogène du champ d'application de ce texte. Les syndicats et ONG sont mobilisés pour que cette mauvaise histoire ne se répète pas.

La confédération syndicale internationale IndustriAll a fait apposer sur des bus et trams qui desservent le centre de la ville suisse des affiches associant une radiographie de poumons, la photo d'un ouvrier et le slogan : "Amiante, toujours produit, toujours mortel".

Le but de la campagne est de marquer les esprits et d'empêcher qu'un triste scénario ne se reproduise : depuis 2004, toutes les tentatives d'inclure le chrysotile dans la Convention de Rotterdam ont échoué à la suite de l'usage de leur droit de véto par quelques pays producteurs et importateurs. Longtemps le Canada a été à la tête de cette fronde pro-amiante. Depuis la fermeture de la dernière mine d'amiante du pays, en 2012, la Russie, qui continue à produire massivement de l'amiante, a pris le relais.

En dépit des preuves scientifiques et des milliers de morts – l'OMS évoque 100.000 décès par an -, le lobby pro-amiante continue à défendre le principe d'un "usage sécuritaire" du chrysotile, selon lequel l'"amiante blanc" serait moins nocif que les autres formes d'amiante et ne présenterait pas de risque majeur pour la santé des travailleurs lorsque des mesures de prévention sont prises.

Malgré les positions tranchées de l'OMS et de l'Organisation internationale du travail (OIT) en faveur de l'inscription du chrysotile dans la Convention de Rotterdam, le lobby de l'amiante n'a toujours pas désarmé. D'après la militante anti-amiante Kathleen Ruff, une vingtaine de représentants de l'industrie du chrysotile sont présents à Genève. Aux côtés des lobbyistes pro-amiante "historiques", provenant du Canada, on trouve des représentants des pays les plus impliqués actuellement dans le commerce de l'amiante : la Russie, le Brésil, le Vietnam, l'Ukraine et le Kazakhstan.

L'Asie constitue aujourd'hui le principal marché pour les derniers pays producteurs d'amiante. D'après Laurie Kazan-Allen, la responsable du Secrétariat international Ban Asbestos, la principale ONG militant pour l'interdiction totale de l'amiante, entre 2011 et 2013, l'Asie a absorbé 72 % de la consommation mondiale d'amiante. Si la Chine reste le plus gros importateur, l'Inde, le Sri Lanka, le Vietnam et l'Indonésie ont enregistré depuis 2000 une augmentation impressionnante de leurs importations.

La Convention de Rotterdam, qui s’intéresse à d’autres types de substances dangereuses, dont de nombreux pesticides, n’interdit pas la fabrication ou le commerce des substances inscrites à son annexe 3 mais stipule simplement que les pays importateurs doivent être informés de leur dangerosité et qu’ils ont le droit d’en refuser l’importation (procédure de "Consentement préalable en connaissance de cause").

Les débats autour de l'inclusion du chrysotile dans la Convention de Rotterdam doivent se dérouler du 11 au 14 mai.

Si la production et l'importation d'amiante sont – à une exception près – interdites sur le sol de l'Union européenne, une partie du continent reste concernée par ce commerce macabre. L'OMS l'a rappelé fin avril dans un rapport qui épingle 16 pays européens, pour la plupart d'anciennes républiques soviétiques, qui continuent à autoriser l'amiante.

L'organisation onusienne estime qu'aujourd'hui encore "un Européen sur trois au moins peut être exposé à l'amiante dans son milieu de travail et dans l'environnement".

En Europe occidentale, les travailleurs mais aussi la population générale continuent à payer un lourd tribut à l'amiante. Une étude récente a révélé l'existence de "clusters" de mésothéliomes, un cancer rare incurable presque exclusivement lié à une exposition à l'amiante, dans les villes d'Italie ayant accueilli des industries liées à ce minéral : l'industrie de l'amiante-ciment, évidemment, mais aussi les chantiers navals, l'industrie de la défense, la sidérurgie et métallurgie, la pétrochimie, le bâtiment, le textile, le rail, etc.

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