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19 janvier 2015

Cancer du sein : le lieu de travail trop souvent oublié par les chercheurs

L'American Public Health Association (APHA), qui compte 30.000 membres à travers le monde, a mis en ligne début janvier une prise de position appelant à la reconnaissance du caractère professionnel de certains cancers du sein. L'organisation y dénonce le manque d'attention accordée aux résultats inquiétants d'études récentes établissant un lien entre exposition aux produits chimiques sur le lieu de travail et augmentation des taux de cancer du sein. L'organisation estime que la recherche sur les causes professionnelles et environnementales du cancer du sein doit devenir une priorité.

"Jusqu'à récemment, les risques pour la santé des femmes liés à leur activité professionnelle restaient dans l'ombre, rarement étudiés en dépit de la présence de longue date des femmes dans le monde du travail. Ce manque de perspective de genre a un coût : la santé de femmes qui travaillent", s'insurge l'APHA.

Le document s'attarde plus particulièrement sur la présence sur les lieux de travail d'agents toxiques ayant des effets sur le système hormonal, appelés communément "perturbateurs endocriniens". Des substances telles que le bisphénol A, dont l'usage pour la fabrication de contenants alimentaires est interdit en France depuis le 1er janvier, et les phtalates sont incriminés. Leur présence, même en quantité faible, sur les lieux de travail pourrait avoir des conséquences néfastes sur la santé des travailleuses.

L'APHA épingle également les facteurs de risques liés à l'organisation du travail, rappelant que le travail de nuit a été reconnu "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

L'organisation estime nécessaire de réorienter la recherche sur le cancer du sein vers les facteurs de risques environnementaux, notamment le lieu de travail, car "plus de la moitié des cas de cancer du sein ne peuvent être expliqués par les causes ou facteurs de risques traditionnels tels que le surpoids, l'alimentation, l'alcool, la génétique".

Les organisations luttant aux côtés de travailleurs victimes de cancers liés à leur travail – généralement des ouvriers – peuvent se réjouir de cet appel. Il intervient en effet alors que certains tentent d'instrumentaliser les conclusions d'une étude publiée début janvier dans la prestigieuse revue américaine Science.

L'article, co-écrit par un biostatisticien et un professeur d'oncologie, émet l'hypothèse d'une corrélation entre le nombre de divisions cellulaires dans un organe au cours d'une vie et le risque de cancer. Les chercheurs ont analysé des données disponibles concernant les cellules souches de 31 types de tissus humains et ont observé que les organes dont les cellules souches sont nombreuses et ont tendance à se diviser souvent sont davantage touchés par le cancer. Cet article a eu un retentissement important, bien au-delà des cercles scientifiques. De journaux y ont fait écho, en résumant l'article scientifique par le message suivant : deux tiers des cancers sont dus à "un manque de chance".

Rapidement des voix se sont élevées pour relever les limites de l'étude. L'étude des scientifiques de l'université Johns Hopkins (Maryland) n'a pas pris pas en compte le cancer du sein, le plus fréquent chez les femmes, ni celui de la prostate, le deuxième plus courant pour les hommes. D'autre part, l'interprétation des résultats par les auteurs de l'étude pose question. "Cette manière de présenter les choses confond la causalité avec une simple relation statistique. Elle passe à côté d’un élément essentiel qui ne peut certainement pas être attribué à la chance individuelle : on peut tracer une cartographie sociale de chaque cancer et démontrer les liens importants entre les conditions de travail et les différentes localisations de cancer", a commenté Laurent Vogel, chercheur à l'unité Conditions de travail, Santé et sécurité de l'ETUI.

Devant la controverse suscitée par leur article, un des auteurs, Cristian Tomasetti, a précisé à l'hebdomadaire britannique The Economist : "nous n'avons pas montré que deux tiers des cas de cancer sont dus à la malchance. Le cancer résulte en général d'une combinaison de malchance, d'un mauvais environnement et de mauvais gènes héréditaires."

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