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18 juillet 2019

France Télécom : le harcèlement institutionnel en procès

C’est un procès qui fera date qui vient de se clore ce 11 juillet 2019 au Tribunal de grande instance de Paris. A l’origine, il y a une plainte déposée au parquet de Paris en décembre 2009 par le syndicat SUD PTT pour « harcèlement moral » et « mise en danger d’autrui » à l’encontre de France Télécom et ses principaux dirigeants de l’époque.

Près de dix ans plus tard, ce ne sont pas moins de sept prévenus (l’ex-PDG Didier Lombard, son adjoint Louis Pierre Wenes, le directeur des ressources humaines Olivier Barberot ainsi que quatre cadres de l’époque épinglés par l’instruction pour complicité) ainsi que la société Orange (ex-France Télécom) qui comparaissent en correctionnelle pour rendre des comptes sur le drame humain qu’a occasionné la modernisation brutale de cette société de télécommunications entre 2006 et 2010 perçue comme un fleuron des meilleures entreprises françaises. Face à ces ex-dirigeants, il y a 39 victimes ou leurs ayant droit et cent vingt parties civiles qui réclament justice.

Au milieu des années 2000, France Télécom ne se porte pas bien. Pour redresser cette ancienne entreprise publique, Didier Lombard est aux commandes en tant que président directeur général et il décide d’initier deux plans pour sauver l’entreprise : le plan « Next », qui vise 22 000 départs et 10 000 mobilités sur trois ans, et le plan « Act », son volet social, censé assurer l’accompagnement des agents. Dans la pratique, c’est une politique particulièrement et excessivement brutale et déstabilisante qui est mise en œuvre pour s’assurer du départ massif des fonctionnaires. Les managers sont formés à « l’art de la guerre » pour éliminer les collaborateurs surnuméraires en mettant des pratiques visant à humilier les salariés et les balloter de mobilités géographiques en mobilités de métiers avec un système de parts variables qui récompense les plus zélés des managers. Les pratiques les plus cyniques sont mises en œuvre avec des méthodes cruelles, au mépris des alertes multiples émanant tant des médecins du travail que des membres du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Avec pour résultat dramatique et accablant : une vague de suicides se produit au sein du personnel de France Télécom. Les récits des victimes et de leurs ayants droit ont résonné dans la salle de la 31e chambre correctionnelle pendant deux mois et demi, avec émotion, pour rendre compte de la violence endurée, des souffrances éprouvées et du désespoir occasionné. Un procès suivi de près par l’ETUI et qui a aussi eu des échos importants dans les médias français. Cette affaire permet de replacer les risques psychosociaux dans le contexte général des méthodes de management et de l’organisation du travail.

Le ministère public de la République française a requis les peines maximales à l’encontre des trois principaux prévenus (Didier Lombard, Louis-Pierre Wenes et Olivier Barberot). Au terme de 46 audiences, les juges du tribunal se sont retirés pour délibérer, le jugement est attendu pour le 20 décembre 2019.

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Références :

Crédit photo : Sadak Souici

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