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25 novembre 2019

Mise en perspective sur la problématique de l’épuisement professionnel

Sixième séminaire syndical européen sur les risques psychosociaux

Ces 24 et 25 Septembre 2019, l’ETUI a organisé à Louvain (Belgique) la sixième rencontre du réseau syndical européen sur les risques psychosociaux au travail. Vingt-deux représentants syndicaux actifs dans le domaine de la santé au travail, en provenance de quatorze pays ont pris part à cette rencontre annuelle dont l’objectif est de favoriser le partage de connaissances et d’expériences autour des enjeux liés aux risques psychosociaux.

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La sixième édition de ce séminaire a été l’occasion de s’intéresser d’une part aux dommages causés par l’exposition aux facteurs de risques psychosociaux, et d’autre part, aux approches centrées sur le concept de résilience qui fleurissent actuellement un peu partout. Per Hilmersson, Secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats (CES) a ouvert le séminaire par un aperçu des priorités de la CES en matière de santé et de sécurité au travail pour les quatre années à venir. En guise d’introduction à la thématique du séminaire, Fabienne Scandella, chargée de recherche à l’ETUI et coordinatrice du réseau, a mis en perspective la problématique de l’épuisement professionnel (burn out) avec les approches célébrant l’adaptation individuelle et a dressé un tableau des défis multiples ainsi posés au mouvement syndical européen. Sarah Lyons, responsable des questions de santé et de sécurité au sein du syndicat britannique de l’éducation (NEU), a illustré ces défis en montrant comment la promotion du bien-être et de la résilience tend à se substituer à la culture de la prévention de la santé et de la sécurité au travail dans le secteur éducatif britannique. Sans infléchir en rien l’épuisement dont fait état un nombre croissant d’enseignants, cette approche permet de déplacer la responsabilité de l’employeur vers l’enseignant. A la suite de cette présentation, Christina Aumayr-Pintar, directrice de recherche à la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, a présenté le rapport qu’Eurofound a consacré à l’épuisement professionnel en Europe (2018). Cette présentation a permis de prendre connaissance des données disponibles quant à la prévalence de ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnait désormais comme un « phénomène lié au travail » et de faire le point sur les politiques esquissées au niveau européen pour l’endiguer.

Les travaux se sont poursuivis autour de la problématique du burn out avec une présentation du professeur Pierre Firket. Médecin et directeur du CITES Clinique du stress et du travail (Liège, Belgique). Ce dernier a plaidé en faveur d’une « clinique du travail », c’est-à-dire d’une approche qui permet d’identifier et de faire le lien entre le mal-être du travailleur et les maux du travail lui-même. Le docteur Firket a également éclairé les participants sur les contours cliniques de la rupture neurophysiologique que constitue le burn out (e.g. symptômes, réversibilité, etc.). Le lien avec le travail étant établi, demeurait la question de la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle. Pour y répondre, Verónica Martínez Barbero, inspectrice du travail et présidente du Conseil des relations professionnelles de Galice (Espagne) a d’abord présenté les différents systèmes de reconnaissance des maladies professionnelles existants en Europe. Elle s’est ensuite attachée à identifier les obstacles susceptibles d’entraver la reconnaissance de cette pathologie en maladie professionnelle (e.g. apport de la preuve du lien causal, non-spécificité de certains symptômes, etc.). A la suite de cette présentation, les participants ont travaillé sur le mode d’un world cafe à l’élaboration de stratégies syndicales permettant de contrer l’approche de la résilience ou de renforcer la prévention du burn out.  

La seconde journée du séminaire s’est ouverte sur une autre question majeure : celle du lien entre les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux. Le docteur Yves Roquelaure, professeur de médecine du travail et d’ergonomie à l’Université d’Angers, a présenté le rapport qu’il a rédigé sur ce sujet à la demande de l’ETUI. Sa présentation des aspects théoriques a été enrichie par l’exposé de vignettes cliniques par le docteur Pascale Barrot, médecin du travail. Cette présentation à deux voix s’est avérée particulièrement efficace pour comprendre le lien entre ces deux pathologies de l’intensification du travail. Les deux médecins ont insisté sur le fait que les facteurs de risques psychosociaux sont plus pronostiques que les facteurs mécaniques dans la survenue des troubles musculosquelettiques. Tous deux ont plaidé pour une prévention globale et intégrée des troubles musculosquelettiques. A la suite de cette présentation, les participants ont travaillé en groupes à l’élaboration d’un argumentaire syndical en faveur d’une directive portant sur la prévention des troubles musculosquelettiques autant que sur les risques psychosociaux.

Comme c’est désormais la tradition, le séminaire s’est achevé par une session consacrée à la présentation des initiatives menées dans le domaine de la prévention des risques psychosociaux au travail à l’échelon national ou sectoriel par les organisations des membres du réseau. Rolf Ghering, secrétaire politique de la Fédération européenne des travailleurs du bâtiment et du bois (FETBB), a présenté le résultat d’un partenariat social avec la Fédération européenne de l’industrie de la construction (FIEC) sous la forme d’un guide de bonnes pratiques, dont l’objectif est d’orienter l’action pour améliorer les aspects du travail et de l’organisation du travail sur lesquels les partenaires sociaux peuvent exercer une influence directe. Martin Jefflén, président d’Eurocadres, a présenté la campagne européenne intitulée Endstress.eu, dont l’objectif est de faire pression sur la Commission européenne pour obtenir une directive spécifique sur les risques psychosociaux. Cette campagne a été officiellement lancée le 17 octobre 2019.  

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Photo Credit: ETUI

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