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15 février 2016

Mobiliser pour la santé au travail : le modèle ouvrier italien des années 1970 comme source d'inspiration

Dans le contexte des luttes ouvrières dans l'Italie de la fin des années 1960, une approche totalement nouvelle de la sécurité et de la santé au travail voit le jour. Privilégiant la prévention par rapport à la réparation des dommages liés au travail, ce mouvement essaime rapidement dans différents pays d'Europe. Ces expériences peuvent-elles inspirer les stratégies syndicales de prévention d'aujourd'hui? Historiens, sociologues, ergonomes et syndicalistes en ont débattu, les 9 et 10 février à Bruxelles, lors d'un séminaire de l'ETUI.

Turin, début des années 1960. Des syndicalistes, des médecins et des ouvriers lancent une recherche sur le travail à l'usine pharmaco-chimique Farmitalia. Les ouvriers se plaignent de leur environnement de travail. À l'issue de leur enquête, le collectif réclame le remplacement dans la production de toutes les substances nocives. Il s'agit d'une petite révolution à une époque où les revendications ouvrières portaient essentiellement sur l'obtention de primes en cas de menace pour leur santé.

Mais les ouvriers de Farmitalia vont plus loin. Ils veulent être associés à l'analyse des risques et à leur prévention; et réclament un droit de regard sur l'organisation du travail qu'ils estiment être à l'origine de leurs problèmes de santé.

La démarche va être reprise dans d'autres entreprises turinoises, notamment chez FIAT, puis va se répandre partout en Italie dans le contexte des luttes sociales à la charnière des années 60-70. L'unité syndicale se crée autour de ces revendications. Des intellectuels, au premier rang desquels le médecin et psychologue du travail Ivar Oddone, rejoignent le mouvement. Au début des années 70, des assises rassemblent 3.000 personnes à Rimini pour parler de conditions de travail dans les usines. Les syndicats créent un "centre de recherches et de documentation sur les risques et les dommages liés au travail". Cette mobilisation conduira à la fin des années 70 à la refonte du système de santé italien, avant de s'essouffler.

Le modèle italien de lutte ouvrière pour la santé a eu un retentissement important dans plusieurs pays européens et dans le reste du monde. En France, le slogan "La salute non si vende"(La santé n'est pas à vendre), imaginé par les ouvriers italiens, est repris dans Les Cahiers de Mai. Cette revue, créée après les événements de mai 1968, diffuse une lettre des ouvriers en grève d'une usine de recyclage de batteries qui dénoncent leurs conditions de travail et les problèmes de santé dont ils souffrent à la suite de leur exposition massive au plomb.

Le modèle italien de coalition entre scientifiques et ouvriers a été repris sous diverses formes dans d'autres pays. Aux Pays-Bas, à travers le mouvement des Boutiques de Sciences ("wetenschapswinkels"), dont le but était de permettre un accès à des connaissances à ceux qui n’avaient pas les moyens d’effectuer de telles recherches. Au Danemark, avec la création en 1975 du Groupe d’action des travailleurs et des académiques sur l’environnement de travail. Au Royaume-Uni, c'est une revue, le Hazards magazine, qui a servi de pont entre scientifiques engagés et monde du travail.

C'est aussi de ce pays que déboule au début des années 80 un courant politique qui va affaiblir bon nombre de ces expériences avant-gardistes de démocratie sociale. Bientôt, les archives du mouvement ouvrier italien de lutte pour la santé, en cours de numérisation dans le cadre d'une collaboration entre les syndicats et l'Institut national d'assurance contre les accidents du travail (INAIL), seront mises à la disposition du public. Un matériel qui pourrait, espérons-le, redonner un nouvel élan au combat syndical autour de la santé et des conditions de travail.

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