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29 mai 2013

Nouvelle victoire pour les pro-amiante

Pour les organisations luttant pour l’abolition du commerce mondial de l’amiante, c’est la douche froide. Malgré les centaines de milliers de morts et la mobilisation des victimes et de leur famille, le commerce du chrysotile, la dernière forme d’amiante produite dans le monde, pourra encore prospérer dans les prochaines années.

Pour la quatrième fois, quelques pays se sont coalisés pour faire barrage à l’inscription du chrysotile sur la liste des substances dangereuses de la convention de Rotterdam. Signée en 1998 et entrée en vigueur en 2004, cette convention internationale établit une "procédure de consentement préalable" pour le commerce international des produits chimiques et des pesticides dangereux.

Concrètement, lorsqu’un produit chimique figurant sur cette liste est exporté, le pays exportateur adresse une notification d’exportation au pays importateur. La notification d’exportation comporte des renseignements sur le produit afin que le pays de destination puisse décider s’il l’accepte ou le refuse sur son territoire.

Lors de la dernière réunion de la conférence des parties à la convention de Rotterdam, qui s’est tenue début mai à Genève, sept pays – Russie, Zimbabwe, Kazakhstan, Kirghizistan, Ukraine, Inde et Vietnam – ont voté contre l’inclusion du chrysotile sur la liste.

Lors de la précédente conférence, en 2011, seul le Canada s’était opposé à l’inscription du chrysotile sur la liste. Entre-temps, la dernière mine d’amiante de ce pays a stoppé ses activités et le gouvernement a abandonné sa politique de soutien inconditionnel à l’industrie de l’amiante. En coulisse, les lobbyistes canadiens de l’amiante continueraient cependant à opérer. Deux autres pays producteurs ont repris le flambeau. La Russie et le Zimbabwe ont rejoint récemment la liste des pays signataires de la convention, apparemment dans le but de faire barrage à l'inscription du chrysolite sur la liste des produits dangereux.

“La convention a été utilisée pour protéger les profits de l’industrie plutôt que la santé publique, et risque par conséquent de se transformer en farce", a réagi Kathleen Ruff, au nom de la Rotterdam Convention Alliance, un regroupement d’ONG qui milite pour l’application stricte de la convention.

Alors que l’amiante est interdit dans l’Union européenne et dans la plupart des pays développés, ce matériau continue d’être exporté vers de nombreux pays émergents et en voie de développement.

Des données collectées par Laurent Vogel, chercheur à l’ETUI, montrent que les quantités d’amiante chrysotile exportées vers ces pays tendent à augmenter. C’est particulièrement le cas en Inde, où la consommation d’amiante a pratiquement triplé de 1990 à 2007.

Selon des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, l’amiante provoque chaque année 107.000 morts, à la suite de cancers du poumon, de mésothéliomes (cancer de la plèvre ou du péritoine) et de cas d’asbestose (maladie pulmonaire grave).

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