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23 février 2017

Rendre le monde du travail plus attentif à la santé des femmes

Le chemin vers l'égalité entre les hommes et les femmes au travail reste pavé de bonnes intentions, mais bien monotone car les choses y évoluent trop lentement. C'est le constat tiré par plusieurs orateurs d'un séminaire organisé les 13 et 14 février par l'ETUI. Cet évènement avait pour objectif de présenter les résultats de travaux récents sur les inégalités de santé liées au genre.

Force est de constater que les politiques de santé au travail et les pratiques de prévention reposent toujours sur un modèle dont le référent reste le travailleur masculin. Les secteurs à forte prédominance féminine restent considérés dans l’opinion publique et par les responsables politiques comme peu touchés par les risques professionnels.

Les différents intervenants, issus principalement de la recherche en sciences sociales et des milieux syndicaux, ont présenté les résultats de travaux qui démontrent le contraire. Le secteur de la coiffure est un véritable "cas d'école". Malgré des études confirmant de multiples problèmes de santé (troubles musculosquelettiques, santé reproductive altérée, cancers,  allergies, maladies cutanées, etc.) les risques spécifiques à ce métier sont considérés comme des problèmes mineurs. Par exemple, la Commission européenne refuse toujours de transposer en directive un accord-cadre sur la santé des travailleurs de la coiffure approuvé par les partenaires sociaux européens de ce secteur.

Ce désintérêt pour les risques spécifiques en matière de santé rencontrés par les femmes sur leur lieu de travail se manifeste également dans le champ de la recherche scientifique. "L’exposition des femmes à des substances dangereuses reste largement inexploré", a regretté Elke Schneider, de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA). Dans son exposé consacré aux substances toxiques pour la reproduction sur les lieux de travail, elle a épinglé les limites de politiques de prévention qui reposeraient uniquement sur des valeurs limites d’exposition professionnelles.

Laurent Vogel, chercheur à l’ETUI, a pour sa part dénoncé le fait que les recherches toxicologiques obèrent certains effets touchant plus spécifiquement les femmes. Il a également dénoncé la trop grande place occupée par l’industrie dans le domaine de la recherche en toxicologie. Il a cité l’exemple des études sur la toxicité des produits utilisés dans le secteur de la coiffure qui reposent sur des données fournies par l’industrie des cosmétiques…

La reconnaissance des maladies professionnelles, en particulier des cancers, est encore plus compliquée pour les femmes que pour les hommes. Une recherche menée en France auprès de quelque 1300 malades du cancer, dont 234 femmes, a montré que 64% d’entre elles avaient été exposées sur leur lieu de travail à au moins un cancérogène. Et pourtant, une toute petite minorité d’entre elles sont parvenues à faire reconnaitre leur cancer en maladie professionnelle.

Outre la mise en visibilité des risques professionnels des travailleuses, l’ETUI a voulu à travers ce séminaire relayer différentes expériences visant à faciliter le retour au travail de femmes touchées par la maladie. Loly Fernandez Carou, syndicaliste aux Commissions ouvrières (CCOO) de la région de Catalogne, a insisté sur la nécessité de passer d’une approche de type individuelle à une approche plus collective.  À partir de l’exemple des cancers du sein, elle a plaidé pour l’adaptation de l’organisation du travail pour mieux tenir compte des besoins spécifiques des personnes malades ou en voie de guérison, comme la mise en place d’horaires flexibles et l’élimination du port de charges lourdes.

Une équipe de l'université de Porto a montré que les femmes sont généralement victimes d'un accident du travail plus tard dans leur carrière que les hommes (42% des femmes ayant participé à l'étude ont eu leur accident entre 45 et 54 ans). Chez les femmes, l'accident du travail provoque plus souvent que chez les hommes l'abandon définitif de l'activité professionnelle.  Constat similaire en France. Une enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) consacrée à la vie professionnelle de personnes touchées par le cancer montre que les femmes sont proportionnellement plus nombreuses que les hommes à se retrouver en situation de non-emploi. D'après l'étude les femmes ressentent davantage que les hommes le sentiment d'être discriminées ou pénalisées dans leur carrière à cause de leur maladie.

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